Les caisses sociales seront sauvées, mais à quel prix ?

Les caisses sociales seront sauvées, mais à quel prix ?

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Le système tunisien des retraites, la crise des caisses sociales et les recommandations pour une éventuelle sortie de cette crise, telles ont été les principales problématiques débattues ce mardi 2 octobre 2018 lors d’une rencontre organisée conjointement par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES) et Konrad Adenauer sous le thème « Quel avenir pour le retraité en Tunisie ? ».

Le directeur général de l’ITES, Néji Jalloul, a dénoncé la situation dans laquelle se trouvent les retraités aujourd’hui, appelant ainsi à trouver des solutions urgentes : “la marginalisation des retraités à travers la mise en place d’un ensemble de mesures et de lois les privant d’augmentations salariales systématiques touche à la crédibilité de l’Etat et fait entrer le pays dans une série de crises sans issue“, a indiqué Jalloul, avant de souligner que cibler les retraités c’est cibler la société, sa conscience, ses mœurs et sa mémoire.

Il a par ailleurs indiqué que le pays, sans doute, passe aujourd’hui par plusieurs difficultés d’ordre économique dont certaines résultent de problématiques structurelles et d’autres en relation avec certaines politiques non planifiées et non étudiées entreprises, mais la réforme, a-t-il assuré, ne peut jamais avoir lieu en mettant de coté l’ensemble des acquis, notamment ceux des retraités mais plutôt inventer des solutions réelles qui préservent les acquis et offrent les garanties aux différentes catégories de la société. S’agissant de la crise des caisses sociales, Nèji Jalloul a fait savoir que l’ITES a mis en place un ensemble de solutions urgentes permettant aux caisses sociales d’échapper à la faillite. Ainsi, il a proposé la fusion de la Caisse nationale de retraite de prévoyance sociale (CNRPS) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour une caisse unique ou une compagnie d’assurance regroupant les salariés des secteurs privé et public. Du coup, le ministère des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières pourra intervenir pour fournir les sièges à cette caisse unique dans toutes les délégations du pays et ce, dans l’objectif de la soustraire aux énormes dépenses en loyer, selon ses dires.

Outre la fusion de la CNRPS et la CNSS, le président de l’ITES a proposé de placer la CNAM sous la tutelle du ministère de la Santé, sachant que son champ d’intervention est plus en relation avec ce département que celui des Affaires sociales, d’après lui.

Nèji Jalloul a également proposé de placer les adhérents indépendants aux caisses sociales sous un régime d’assurance spécifique ou sous la tutelle de l’UTICA.

De son côté, un responsable de la Fédération nationale des retraités relevant de l’UGTT a assuré que l’Union ne va pas reculer ou abandonner un seul acquis et défendra le retraité avec tous les moyens à disposition. Il a par la même occasion dénoncé les déclarations de certains responsables de l’Etat selon lesquelles les caisses publiques sont vides et le gouvernement se trouve contraint de ne pas régulariser la situation des retraités. Il a souligné qu’un gouvernement qui ne dispose par de l’argent pour débloquer les pensions des retraités est un gouvernement qui a échoué.

Quant à elle, Soumaya Jmour, de la Ligue des femmes retraités, a dénoncé la marginalisation des femmes retraitées qui selon elle assument une responsabilité sociale beaucoup plus grande que celle des hommes, soulignant que les pensions des retraités ne sont pas un don du gouvernement mais plutôt un droit : «c’est notre argent et l’Etat n’a pas le droit de le toucher», a-t-elle soutenu.

Poursuivant ses idées, Jmour a dénoncé le prélèvement de 1% des alaires des retraités au profit des caisses sociales, mettant en grade contre un abus dans le calcul des pensions de retraite. Elle a appelé ainsi la CNRPS à informer ses adhérents de tout changement et de tout prélèvement effectués sur les pensions de retraite.

En effet, la Tunisie est dotée d’un système de sécurité sociale géré par deux caisses placées sous la tutelle du ministère des Affaires sociales, qui sont la CNSS pour le secteur privé et la CNRPS pour le secteur public. La CNSS gère 9 régimes de pension dont le régime des salariés non agricoles (RSNA), le régime des salariés agricoles (RSA) et le régime des salariés agricoles amélioré (RSAA). Les deux caisses qui étaient excédentaires jusqu’à la fin des années 1990 ont commencé à enregistrer un déficit à partir de 2005 pour la CNRPS et de 2006 pour la CNSS. Entre 2006 et 2016, le déficit de la CNSS a été multiplié par sept, passant de 68 Millions de dinars à 470 MDT. Quant au déficit de la CNRPS, il a été multiplié par 14 pour la même période, passant de 38 MDT à 529 MDT.

L’Etat tunisien a ainsi dû débourser 500 MDT en 2017 pour combler le déficit et garantir le paiement des pensions des deux caisses. Les derniers retards de paiement des pensions des retraités et le gel de leurs augmentations attestent des difficultés rencontrées par ces institutions aujourd’hui.

Ainsi, le nombre des pensionnés a augmenté à un rythme supérieur à celui des actifs. De ce fait, le ratio moyen actifs /retraités a baissé pour passer au niveau de la CNRPS de 7 actifs pour un retraité en 1991 à 2,5 actifs pour 1 retraité actuellement, augmentant ainsi les dépenses de retraite à un rythme supérieur à celui des recettes.

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