Un démon du passé, qui masquera d’autres problèmes, pour un temps

Un démon du passé, qui masquera d’autres problèmes, pour un temps

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Un communiqué du ministère tunisien de la Justice, émis samedi 11 mai 2019, fait état de la libération provisoire, mais sous un strict contrôle judiciaire, de Belhassen Trabelsi, frère de Leila Ben Ali. Ainsi en a décidé, jeudi 9 mai 2019, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Et pour que celui qui symbolise à lui tout seul toute une époque ne file pas entre les doigts de la justice française, ses passeports lui ont été retirés, on l’a contraint à garder la même adresse et il est obligé d’aller régulièrement rendre visite aux services français en charge de son contrôle. C’est costaud comme dispositif, mais le dossier le vaut largement. En effet on est au-delà des chefs d’inculpation de la justice, “blanchiment en bande organisée, recel, usage et complicité de faux documents administratifs“, presque des broutilles au regard de ce que représente Trabelsi pour une Tunisie qui a encore maille à partir avec les démons du passé. Alors se pose de nouveau la question lancinante de l’extradition du beau-frère de l’ancien président déchu. On a appris, dans le même communiqué, que la justice française tranchera avant la fin du mois prochain. Reste à gérer le retour de l’ex-homme d’affaires – affairiste diraient certains -, des affaires d’ailleurs qui lui valent ses déboires avec son pays. Mais un retour problématique à bien des égards.

Il faudra montrer patte blanche pour l’avoir

Les autorités tunisiennes ont beau arguer “leur pleine confiance en l’indépendance et la neutralité de la justice française pour une bonne application de la règle de droit” et elles ont beau avoir les meilleures relations du monde avec la France, il leur faudra quand même donner la garantie aux autorités françaises que les droits de Trabelsi seront respectés et qu’il aura un procès équitable. La France, “pays des droits de l’Homme“, dit-on, ne peut pas en exiger moins, ses propres citoyens ne l’accepteraient pas. Alors la Tunisie devra montrer patte blanche pour récupérer Belhassen. Et une fois qu’elle l’a elle devra prendre en main un dossier explosif, bien plus que celui du neveu de Leila Ben Ali, Imed Trabelsi, sur qui la justice s’est acharnée comme elle pouvait mais sans que cela calme l’élan vengeur de certains ou simplement que cela apaise une nation traumatisée par des décennies de dictature. Mais Belhassen c’est autre chose, c’est du lourd, avec des affaires plus importantes et qui impliquaient plus de monde. Donc le risque de déflagrations est beaucoup plus grand…

Un dossier très chaud

Si les autorités tunisiennes arrivent à mettre la main sur le frère de Leila Ben Ali, ce serait assurément un trophée pour divertir une population qui attend toujours les promesses de la Révolution et qui n’en goutte pour le moment que les affres, ce qui explique d’ailleurs que de plus en plus de gens regardent dans le rétroviseur et que Abir Moussi ait cette cote de popularité. Politiquement ça sera payant pour le gouvernement d’obtenir le rapatriement de cet homme, mais le temps de l’enchantement ne durera pas, évidemment. Par ailleurs Belhassen Trabelsi connait du monde, il a mouillé dans son business un paquet de personnes et ne se taira pas lors de son procès. Il parlera, il déballera. Et une fois ouverte la boîte de Pandore, il faudra passer derrière et faire le ménage.Il faudra avoir le courage de le faire, autrement toute cette affaire pourrait se retourner contre les autorités en place, dont la cote de confiance s’est déjà sérieusement érodée alors que les élections se profilent.

Une épreuve de plus

La Tunisie s’est très mal dépatouillée avec la Réconciliation nationale. Si ailleurs la chose a été très bien négociée, comme en Afrique du Sud ou au Rwanda, ici en Tunisie les passions vengeresses et le manque de clairvoyance ont tout fait capoter. Le processus n’a pas été conduit proprement, entre les contradictions de la population, les desseins inavoués des uns et les calculs des autres. Bref, l’affaire a manqué de sincérité, de franchise et a été polluée par des manoeuvres où l’intérêt national était la dernière des préoccupations. C’est ce qui explique les bisbilles entre l’IVD (Instance Vérité Dignité) et la Justice, avec au final une Justice transitionnelle qui n’a pas apporté au pays la potion pour cimenter la nation après la main de fer de la dictature et orienter tous les citoyens vers les mêmes objectifs. Et le retour de Belhassen Trabelsi est à coup sûr une épreuve de plus pour un pays qui a déjà tant de mal à gérer ses nombreux dossiers…

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