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Tunisie : La conséquence inattendue de la grosse bourde dans la LF 2018

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Les autorités tunisiennes, à la faveur du boom des projets dans les énergies renouvelables, avec leur lot de financements, ont voulu enterrer un peu trop vite les hydrocarbures. Mais ces dernières se sont avérées plus coriaces qu’on le croyait. En effet on le sait maintenant : La réalisation des centrales solaires est complexe, difficile à monter financièrement et prendra un peu de temps ; en attendant il faut bien griller du carburant. Mais mauvaise nouvelle pour la Tunisie : sa Loi de finances 2018 a fixé trop bas les prix du baril de pétrole, à 54 dollars à peine, et on se retrouve avec des tarifs flirtant avec les 69 dollars présentement, alors qu’on en est qu’au premier trimestre ! Avec en plus un dinar qui n’arrête pas de fondre par rapport aux principales devises. Autant dire une catastrophe pour les finances publiques, laquelle d’ailleurs se paye cash avec une aggravation du déficit budgétaire du fait du système de la compensation qui commence à inquiéter sérieusement le gouvernement. Alors c’est le branle-bas de combat pour tenter de réveiller des activités de prospection dont on avait voulu tasser le nombre de permis. Le ministre de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, Khaled Kaddour, a appelé les représentants de l’autorité législative et exécutive à appuyer les efforts du ministère concernant la révision du cadre législatif et règlementaire des activités de prospection et de production des hydrocarbures en Tunisie, à travers la mise en place de nouvelles incitations afin d’attirer davantage d’investissements pour concrétiser la stratégie visant à promouvoir le secteur, à l’horizon 2030.

Cette stratégie exige, également, a dit Kaddour, la simplification des procédures administratives que le ministre a qualifiées de “compliquées” et ne répondant pas à la dynamique du secteur. Dynamique, le mot est peut-être un peu trop fort par rapport à ce qu’on a vu dernièrement sur le terrain, du fait en premier lieu de la raréfaction naturelle des découvertes pétrolières et de la réduction programmée des autorisations pour prospecter, compensées par un intérêt croissant pour les énergies dites propres. Mais là les autorités ont été bien obligées de faire le constat que le pétrole a encore un avenir, pour quelques décennies au moins, et qu’il va être de plus en plus cher, hissé par une demande mondiale dopée par la reprise économique à l’échelle planétaire. Alors séance de rattrapage pour l’équipe de Youssef Chahed. A l’occasion d’un séminaire sur le développement de la prospection dans le domaine de l’énergie, organisé vendredi 20 avril 2018, par la Société tunisienne des activités pétrolières (ETAP), le ministre de l’Energie a même tancé l’administration en affirmant que l’obtention d’un permis d’exploration par les sociétés pétrolières nécessite une période allant de 16 à 24 mois. Un délai trop long.

Un revirement sous la contrainte

La réalisation des objectifs de cette stratégie est impossible sans l’appui de nos partenaires du secteur des hydrocarbures“, a souligné Kaddour, appelant ces derniers (partenaires) à redoubler d’efforts en matière d’investissement, notamment en matière de prospection et d’exploration dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant, permettant à la Tunisie de renouveler son stock de ressources énergétiques et à ses partenaires de réaliser des gains et de promouvoir leur activité.

Il a ajouté que le ministère vise, à travers cette démarche, à faire contribuer ses partenaires aux différentes réformes à engager dans le secteur, annonçant la tenue de rencontres avec les sociétés de distribution au cours de la semaine prochaine.

Le ministre a fait savoir que la stratégie du ministère à l’horizon 2030 est axée sur le renouvellement des ressources nationales en hydrocarbures, notamment l’intensification des opérations de prospection, de forage et d’exploitation des ressources conventionnelles traditionnelles et autres, outre la consolidation de l’exploitation des blocs libres non exploités et l’incitation à l’exploration au Nord et au Centre. Le mot est lâché : On parle bien d’intensification des opérations de prospection. Le gouvernement assume donc pleinement cette réorientation stratégique dictée par les difficultés du moment qui ont été mal anticipées, mais que redoutait déjà en janvier 2018 le ministre chargé des grandes réformes, Taoufik Rajhi.

Ce revirement a également pour objectifs d’améliorer la capacité de reconstituer les gisements moyennant l’incitation à l’investissement dans les nouvelles technologies et d’établir une politique dans le secteur du gaz pour mettre à profit le site stratégique de la Tunisie et promouvoir les activités internationales de l’ETAP dans les domaines de l’exploration, de la production et des services.

A noter que le déficit énergétique dans le secteur des hydrocarbures a atteint, en 2017, environ 3 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep), soit 40% des besoins en énergies primaires contre 0,6 millions de Tep en 2010, au vu de la croissance des besoins en énergies primaires de 8,3 millions de Tep contre 9 millions de Tep en 2017.

Par ailleurs, la production enregistre, annuellement, une baisse de 6% et les investissements dans le domaine de l’exploration ont diminué passant de 400 millions de dollars en 2010 à 87 millions de dollars en 2017, en raison du non octroi de permis privés d’exploration, notamment entre les années 2014 et 2016, soit de 23 permis en 2017 à 53 en 2010. La tendance de ces dernières années est donc très nette, il s’agit donc clairement de l’inverser. En tout cas c’est ce qu’on a compris. Nous verrons ce qu’il en sera dans les mois à venir…

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