Tunisie : On regretterait presque Houcine Abassi !

Tunisie : On regretterait presque Houcine Abassi !

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Rien qu’en voyant les mines réjouies du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi et de son poulain, faut-il le rappeler, Youssef Chahed, on comprend tout : Il y a de fortes chances que le chef du gouvernement tienne encore, très probablement jusqu’aux prochaines élections. L’agitation du leader de l’UGTT, Noureddine Taboubi, pour obtenir, à tout le moins, les têtes de certains ministres, voire leur patron, a donc toutes les chances de faire pschitt, de tomber à plat dans un pays qui a épuisé ses munitions et n’a plus les moyens de renverser la table, surtout à quelques semaines de la réunion du FMI pour se prononcer sur la 3ème tranche du crédit, vitale pour des caisses publiques exsangues, et de la sortie sur le marché international pour collecter 1 milliard de dollars, tout aussi précieux. Et puis il y a le coup de massue de l’agence Moody’s, qui vient de descendre d’un cran la note souveraine de la Tunisie mais a surtout rappelé l’urgence des réformes à entreprendre pour s’éviter bien des déboires à l’avenir, dont d’autres mauvaises notes. Et si tout cela ne suffisait pas il y a les prochaines élections, en 2019, dont les préparatifs imposent le maximum de stabilité d’ici là. Paradoxalement, tout cela fait les affaires de Chahed et plaide pour son maintien. Et il le sait, il en joue et surjoue même, en mettant en avant systématiquement les difficultés du moment et le travail qu’il faut continuer, sans relâche, pour espérer un sursaut économique à moyen terme. Pas maladroit le Chahed sur ce coup ! On ne peut pas en dire autant pour son “adversaire” que personne n’attendait, Taboubi…

Le secrétaire général de l’UGTT s’est égosillé jusqu’au bout, tout seul, dans le désert. Du reste la chose – le remaniement – n’est pas complètement à écarter, après cette fameuse évaluation du rendement du gouvernement, mais ce qui est sûr c’est que ça n’aura pas l’ampleur que souhaite Taboubi, pour les raisons qu’on a avancées. Peut-être que son prédécesseur, Houcine Abassi, aurait au moins eu le réflexe de stopper à temps, saurait jusqu’où ne pas aller trop loin pour épargner au pays un dangereux tintamarre. Soyons clair sur la question : Il ne s’agit pas ici de blanchir Abassi, qui lui aussi a sa part de tourments qu’il a infligés à la Tunisie post-révolutionnaire, en débridant ses troupes et en prenant la tête de revendications sociales que le pays paye en ce moment et payera encore longtemps, mais là n’est pas notre propos présentement. Il s’agit juste de se demander si l’ex-leader de la centrale syndicale, dans pareille situation, n’aurait pas tiré la conclusion que réclamer la tête de certains ministres et même de leur chef est primo une cause perdue d’avance, et donc une source de discrédit pour une “institution” telle que l’UGTT ; deuxio une aventure périlleuse pour une nation qui fait face aux échéances citées plus haut. Abassi aurait peut-être agi différemment, ne serait-ce que par simple instinct de survie, par égard pour sa personne, au delà des considérations pour le bien de la Tunisie dont d’ailleurs on n’est jamais certain que ce soit le principal motif des actions des hommes et femmes qui nous dirigent.

Un silence qui en dit long

On ne voit pas et on n’entend pas Abassi. L’une de ses dernières apparitions publiques remonte au 31 janvier 2017, sur Nessma TV ; il venait juste de se décharger de sa mission de porte-drapeau des travailleurs et s’était fendu dune sortie au vitriol contre celui qui terrorisait toute la classe politique, de par sa popularité, Mehdi Jomaa, une intervention qui avait sacrément des allures de service rendu aux camarades… de la classe politique. Jomaa fait moins peur en ce moment, c’est un fait, car les sondages, étrangement, placent toujours en tête Nidaa Tounes et Ennahdha, malgré leurs échecs patents et leurs saillies très en-dessous du niveau requis pour des ténors politiques. Certes leurs cotes de popularité ont pris un sacré coup, mais que voulez-vous, “au royaume des aveugles, les borgnes sont rois“. Quant à Jomaa, on aurait tort de l’enterrer. Le président de l’UTICA en a fait le candidat idéal, d’autres, beaucoup d’autres, pourraient le suivre, quand il s’agira de piocher dans une offre politique famélique et qui afflige de plus en plus les électeurs au lieu de se bonifier avec le temps.

Pendant ce temps Abassi lui se terre, garde le silence, même quand son poulain – Taboubi – s’égare et amène avec lui le pays au bord du précipice. L’ex-leader de l’UGTT se tait, pour s’éviter toute déclaration qui pourrait offusquer une quelconque partie. Pas la meilleure des choses à faire quand on veut chapeauter le Conseil national du dialogue social, qu’on lui aurait, dit-on, promis. Une instance d’ailleurs qui va en rajouter aux problèmes de dissolution, d’éparpillement du pouvoir et d’ingouvernabilité en Tunisie.  Mais ça les Messieurs/Dames qui nous servent de pilotes s’en moquent éperdument. La preuve en est qu’aucun d’entre eux n’a répondu dans le fond ou même commenté les appels qui fusent de plus en plus, même dans le milieu financier, pour une révision du mode de scrutin afin d’offrir au pays une majorité confortable à même de le gouverner…

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