Tunisie : Ils aggraveront le déficit puis redemanderont, encore et encore

Tunisie : Ils aggraveront le déficit puis redemanderont, encore et encore

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Troisième jour de grève ouverte dans l’enseignement secondaire, et c’est toujours le silence de mort du côté du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Pas un mot sur cette affaire qui engage, qu’il me pardonne de le lui rappeler, l’avenir de toute une nation. Pas un mot pour tenter de secouer des syndicats enivrés par leurs victoires du passé – autant de défaites pour les finances du pays, pour la transition économique en cours – et la place démesurée de leur centrale, l’UGTT, sur l’échiquier politique, au point de parler plus fort, et même de menacer ouvertement, les deux têtes de l’exécutif. Pas un mot pour tenter de consoler des parents d’élèves déboussolés, que cette ambiance de vacances avant l’heure à la maison et dans les rues désarçonne et terrorise. Des élèves à qui on ne peut même plus imposer la moindre petite corvée scolaire puisque dans leurs têtes, et on les comprend, l’année scolaire est morte et enterrée par leurs professeurs. Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, nous avait parlé de l’année blanche comme d’une ligne rouge – encore une ! – qu’il ne tolérerait pas et qu’il va sauver l’année scolaire. Au train où vont les choses, il nous est impossible de croire aux promesses d’un Taboubi qui lui-même a l’air complètement largué, dépassé par les événements et incapable de tenir ses troupes. A moins que tout cela finisse par une capitulation du gouvernement. Ce ne serait pas la première fois…

La politique du “donner, sacrifier, pour s’acheter une paix sociale“, c’est la mère de tous les pépins de la Tunisie post-révolutionnaire. Cette étrange maxime, laquelle d’ailleurs n’a jamais fait ses preuves, n’est pas le fait de Chahed, elle a commencé du temps où son mentor, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait la charge de chef de gouvernement en 2011, dans un pays fortement bringuebalé par le brusque départ du dictateur. En 2016 BCE a invité à sa table la centrale syndicale pour dessiner l’avenir du pays après Habib Essid – le fameux Pacte de Carthage -, elle ne l’a jamais quittée. Et l’actuel chef du gouvernement est en train de se farcir cette situation ubuesque et unique à l’échelle de la planète. Encore une spécificité tunisienne qui coûte très cher !

Mauvais réflexes et pédagogie mortifère

Bon, il faut aussi admettre que Chahed a forcé le trait, dans le sens acheter la paix sociale. Après tout rien ne l’obligeait à sacrifier son brillant et sémillant ministre de l’Education, Néji Jalloul, dont le seul tort a été de bousculer et tenter de réformer un secteur auquel personne n’a osé s’attaquer ces dernières années. Et quand Jalloul a commencé à donner le tournis aux enseignants avec des décisions qu’ils ont vécues dans leur chair (interdiction des cours sups dans les garages et les arrière-cours, exigence d’assiduité, des activités parascolaires pour faire autre chose qu’assommer les élèves avec des cours, etc.), ils ont oublié toutes leurs doléances pour se focaliser sur une seule : La tête de Jalloul. Et si Hatem Ben Salem ne bouge pas une oreille en ce moment, c’est justement pour s’éviter le sort de son éphémère prédécesseur.

S’il suffisait de donner pour avoir la paix, les instituteurs n’auraient pas l’outrecuidance de revenir avec une liste de demandes longue comme le bras et une grève de deux jours, après tout ce qu’ils ont obtenu ! Des avantages d’ailleurs qui nous valent le coup de sang et la fuite en avant de leurs collègues du secondaire. Et oui, les compères de Lassaad Yacoubi veulent les mêmes choses que les instits, exactement (départ à la retraite à 55 balais, primes et autres joyeusetés), pour commencer, car on est au moins sûr de deux choses : Ils auront tout ou partie de ce qu’ils demandent, puis reviendront dans quelques mois, quelques années tout au plus, pour d’autres requêtes encore plus farfelues… encore et encore. Comme les autres, tous les autres. Et de l’autre côté les bailleurs de fonds, le FMI en tête, ahuris face aux déficits et dépenses publics exponentiels, s’impatientent et appellent à la raison, la dernière étape avant les vérités crues qui se paient cher sur le marché de la dette, avant un lâchage en rase campagne qui sonnerait le glas d’une Tunisie pour laquelle aucune des thérapies de ces 7 dernières années ne fonctionne jusqu’ici. Mais ça l’UGTT s’en moque éperdument…

Quant au tableau en termes de pédagogie pour des élèves qui sont en train de voir leurs profs, leurs modèles supposés, se livrer à cet odieux chantage, il est tout simplement mortifère pour un pays qui ne manque pas d’ennuis. Les élèves sont en train d’absorber tout ça, d’en apprendre, d’admirer même. Eux aussi vont prendre tout ça comme exemple, comme la voie royale pour arracher quelque chose à un Etat obtus et qui sabre les droits de ses enfants. Eux aussi reviendront dans quelques années pour poser les mêmes problèmes au pays, voire plus. Qui ose encore dire que Yacoubi et sa bande ne sont pas en train de commettre un crime contre la nation ?! Qu’ils ne sont pas en train de tuer l’avenir du pays ?!

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