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lundi 25 janvier 2021
Accueil Interview Tunisie : Ben Hammouda très sévère dans sa notation pour 2017!

Tunisie : Ben Hammouda très sévère dans sa notation pour 2017!

L’économiste et ancien ministre des Finances Hakim Ben Hammouda estime que le niveau de croissance qui devrait être réalisé, cette année, est loin de suffire pour avancer dans la transition économique. Dans une interview accordée à l’agence TAP, il est revenu sur le bilan économique de 2017, soulignant que l’année 2018 sera cruciale pour éviter l’enlisement dans la crise.

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Quelle évaluation faites-vous du bilan économique de l’année 2017 ?

Certes, l’année 2017 a connu une amélioration de la croissance économique qui devrait se situer autour de 2%. Mais, cette performance est insuffisante et ne permet pas d’avancer dans la transition économique et encore moins de faire renaître l’espoir dans notre pays et particulièrement auprès des jeunes.
Je crois qu’il faut mentionner qu’à partir de 2015, l’économie nationale a connu une grande fragilisation de la situation économique. La croissance était en berne et n’a pas dépassé 1%. Et, même si on a connu une légère reprise au cours de cette année, la croissance reste faible et en deçà des attentes.

Par ailleurs, la conjoncture est marquée par une dégradation des grands équilibres macroéconomiques du pays avec une crise sans précédent des finances publiques et un déficit historique de la Balance courante. Il faut également noter les difficultés à mettre en œuvre les réformes et les retards enregistrés dans ce domaine en plus de la question du chômage qui est resté à des niveaux très élevés.
Ainsi, la reprise de la croissance, la stabilisation macroéconomique, l’accélération des réformes et la lutte contre le chômage restent les plus grands défis à soulever. Certes, nous avons réalisé des avancées dans la transition politique, mais la transition économique reste incertaine.

Quels commentaires vous inspire le niveau actuel des principaux indicateurs financiers et économiques ?

Je pense que le pays traverse la plus grave crise de son histoire des finances publiques avec un déséquilibre structurel des finances publiques se traduisant par une augmentation rapide des dépenses et une évolution moins rapide des recettes. Cette situation a créé un déficit abyssal des finances publiques depuis la révolution et a été à l’origine de la montée de l’endettement interne et externe. La situation des finances publiques en Tunisie est centrale et de sa maîtrise dépendra largement la transition économique.

Les déséquilibres macroéconomiques ne se limitent pas aux finances publiques. Ils ont également touché les équilibres externes avec un déficit de la balance commerciale, que les mouvements de capitaux ne sont plus en mesure de combler. Nous enregistrons aujourd’hui une importante crise du compte courant.
Le déficit des finances publiques et celui du compte courant expliquent l’urgence d’une stabilisation du cadre macroéconomique. Mais stabilisation ne signifie pas des politiques d’austérité. Au contraire nous devons poursuivre notre effort de relance afin de soutenir la croissance et de rétablir les équilibres de notre économie.

L’année 2017 a connu l’adoption, au mois d’avril, du plan quinquennal de développement (2016/2020). Quelle analyse faites-vous de ce plan ? Porte-t-il une vision économique claire ?

Notre pays a souffert de l’absence d’une vision économique claire et d’un projet économique cohérent depuis la révolution. L’élaboration d’une vision économique était nécessaire afin de donner la cohérence aux politiques économiques. Cependant, ce plan souffre de deux difficultés majeures. La première concerne l’inadéquation des plans quinquennaux avec la politique économique. Ceux-ci sont plutôt dépassés et ne représentent plus le cadre de formulation des politiques économiques.

Aujourd’hui, les pays penchent plus vers des visions stratégiques à long terme sur dix ou quinze ans et définissent après des budgets glissants sur trois ans. Or, notre grand paradoxe en Tunisie, c’est que nous avons opté pour les budgets glissants dans le cadre de la réforme de la Loi organique du Budget qui sera discuté au sein de l’Assemblée prochainement alors que nous nous accrochons au concept du plan quinquennal. Un paradoxe que nous devons régler.

La deuxième difficulté pour ce plan c’est qu’il n’est plus dans l’actualité de l’action publique. C’est comme si c’était le plan du gouvernement Habib Essid et qui a disparu avec lui. Ni la loi de Finances 2017, encore moins celle de 2018 n’ont fait référence à ce plan de développement.
Je crois que nous devons nous mettre dans le temps du monde et sortir de l’anachronisme et nous doter d’une vision stratégique à long terme, qui sera traduite dans un budget glissant sur trois ans.

L’année 2017 a aussi été marquée par plusieurs mouvements sociaux, notamment ceux qui ont eu lieu dans les champs pétroliers du sud. Quelle lecture faites-vous de la donne sociale dans le pays durant l’année 2017 ?

Ces mobilisations ont pesé sur la situation économique du pays. Mais, il faut dire aussi que ces mouvements sont l’expression d’une certaine lassitude après autant de promesses de prendre en compte les réalités des régions de l’intérieur et qui ne se sont pas réalisées. De véritables projets doivent être mis en place, pour répondre aux revendications de ces régions.

Au vu de tout ce que vous venez de mentionner, comment s’annonce l’année 2018 ?

L’année 2008 sera, de mon point de vue, cruciale. Il faut éviter la perspective de l’enlisement dans la crise économique par une plus grande audace dans l’action publique et dans les politiques économiques.

Quels sont les dossiers prioritaires que le gouvernement devrait engager dès le début de l’année 2018 pour espérer une amélioration de la donne économique ?

Trois dossiers prioritaires doivent retenir l’attention du gouvernement. D’abord la stabilisation macroéconomique. Ensuite, la relance de l’investissement et de la croissance. Enfin, l’accélération du rythme des réformes.

La loi de fiances 2018 est-elle de nature à favoriser la relance ?

La Loi des finances 2018 a suscité beaucoup de critiques de la part des experts et des grandes institutions nationales comme l’UTICA. Pour ma part je considère que les hypothèses retenues pour cette loi de finances sont trop optimistes et on sera certainement amené à envisager une loi de finances complémentaires avant la fin de l’année.

TAP

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