Ce son de cloche ne plaira pas forcément aux Maghrébins

Ce son de cloche ne plaira pas forcément aux Maghrébins

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Le tourisme et ses chiffres, excellents l’an dernier et peut-être encore davantage en 2019 grâce à l’énergie débordante et aux réseaux de l’homme à la tête du ministère, René Trabelsi. Cette affaire est évidemment suivie de très près par les autorités, surtout pour ce que ça peut rapporter, et sans faire de gros efforts. En effet les infrastructures sont là depuis des décennies, celles qui manquent – pour le tourisme de luxe – sont sur les rails. Pour le reste il suffit de peu pour faire tourner la machine et faire affluer les visiteurs du monde entier : Du soleil, des plages et un peu de chance (un bon climat sécuritaire). Et de ce point de vue, touchons du bois, la Tunisie n’est pas mal lotie ! Le tourisme est l’un des rares secteurs à cartonner dans un pays qui vit au ralenti niveau rythme de travail depuis le fameux 14 janvier 2011. Les déboires du phosphate, pourtant grand pourvoyeur de devises il n’y a pas si longtemps, en sont la parfaite illustration. Mais jusqu’ici il y a des choses qu’on ignorait sur le secteur du tourisme, et c’est la FTH (Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie) qui est venue éclairer nos lanternes…

On joue la transparence

Elle a convoqué la presse mercredi 6 février 2019 pour commenter les chiffres publiés cette semaine par l’ONTT (Office National du Tourisme Tunisien) et édifier l’opinion publique sur la donne dans le secteur. La FTH a commencé par se réjouir de l’embellie observée en 2018 par rapport aux résultats de 2017 :

•    Entrées touristiques : 8.299.137 (+18%)

•    Nuitées passées dans les hôtels : 27.070.302 (+23%)

•    Recettes touristiques en devise : 4,093 Milliards de dinars (+45%) soit 1,309 Milliard d’euros (+26%).

Même libellés en euros, et en dépit de l’érosion continue du cours du dinar, les revenus ont évolué pour la première fois depuis 2010. Le pays le doit principalement au retour des touristes européens, qui viennent de marchés structurés avec une grande lisibilité des données et indicateurs. Les touristes maghrébins, qui occupent 68% des entrées, ne peuvent pas en dire autant; ils “continuent à faire le change en dehors des circuits réguliers et donc à payer leurs séjours en dinars“, indique la FTH. Cela pose des problèmes de transparence, rendant difficile la lecture des données et l’évaluation du poids des Maghrébins dans le chiffre global. Mais il n’y a pas que ça, les réserves en devises voient aussi se volatiliser de gros paquets de dollars et euros.

La FTH a évalué à 91% le taux des visiteurs européens qui séjournent dans les hôtels, alors que seuls 25% des touristes maghrébins atterrissent dans les hôtels et les Tunisiens résidents à l’étranger (TRE) ne sont que 4% à fréquenter ces établissements. Evidemment tout ça ne fait pas le bonheur des hôteliers.

Maintenant les données chiffrées. Mis à part les marchés maghrébins, les revenus par visiteur se calculent comme suit : 4,093 Milliards TND / 2.611.508 visiteurs non maghrébins = 1567 TND = 501€ = 592 US$. Vu que les visiteurs algériens, libyens et tunisiens résidents à l’étranger règlent leurs factures en dinars tunisiens, la FTH a évalué ces recettes non comptabilisés en devise à 3,106 Milliards de TND, ce qui fait des recettes touristiques globales en devise de 7,199 Milliards TND. Les hypothèses de base situent la dépense moyenne par nuitée hôtelière à 230 TND, le même montant que les touristes européens, et une dépense moyenne par visiteur non hébergé à l’hôtel à 500 TND par séjour. Il y a donc un gap assez important, qui n’avantage pas les hôteliers et le secteur.

Ce que veulent les hôteliers

La FTH est d’avis “que les recettes publiées par l’ONTT doivent être revalorisées et adaptées aux standards recommandés depuis l’an 2000 par l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme). Ces standards, appelés CST (Compte Satellite du Tourisme), ajoutent aux recettes actuellement publiées :

Les revenus du tourisme local

– Les revenus des tunisiens résidents à l’étranger (actuellement comptabilisés en revenus du travail)

– Les revenus du transport aérien lié au tourisme…”

Enfin les hôteliers reposent sur la table la nécessité “d’avoir des statistiques fiables qui reflètent la réalité du poids du tourisme dans l’économie nationale. Une étude de 2014, toujours pas publiée par l’ONTT, établit le poids du tourisme dans le PIB à 13%, voire à 17% si on y ajoute les revenus des Tunisiens résidents à l’étranger“. On verra ce qu’en pense le ministre, ou son son successeur, avec cette année électorale qui dicte déjà le tempo et change le destin des politiques publiques et celui des hommes et femmes qui les fabriquent.

S.L.

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