Qui veut mettre au chômage 1.300 personnes et ruiner 6.000 actionnaires ?

Qui veut mettre au chômage 1.300 personnes et ruiner 6.000 actionnaires ?

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C’est connu, la société «Carthage Cement», confisquée depuis des années et dont le nouveau propriétaire qu’est l’Etat en partie, n’arrive pas à se redresser et n’arrive pas, non plus, à vendre. Il y a quelques années, à son entrée en production, le gouvernement de la Troïka applaudissait des deux mains et en faisait un moyen de faire de la politique, en la bourrant d’employés (350 personnes en plus de sa capacité normale, recrutées sous pression, en 2013).

Plusieurs années après, l’entreprise qui fait vivre 1.300 personnes et dans laquelle 6.000 petits actionnaires avaient investi en bourse se retrouve objet d’enchères politiciennes. Des partis politiques se font en effet représenter dans des réunions, au QG du gouvernorat de Ben Arous, relatives à l’avenir de cette entreprise, pour laquelle la Sonede refuse l’accès à l’eau, l’ONAS refuse l’accès à ses canaux d’évacuation et à laquelle la Steg menace de couper l’électricité, mettant ainsi en péril mille trois cent postes d’emplois et l’épargne de six mille actionnaires. L’objet de cet intérêt politicien, conduit selon nos sources par le parti islamiste tunisien, ce sont les agriculteurs craintifs de la région agissant par principe de précaution, sans se soucier des milliers de poste d’emplois à mettre en péril.

Des photos ont été ainsi mises en circulation sur les réseaux sociaux, montrant un camion-citerne dont on dit qu’il appartiendrait à la société «Ciment de Carthage» et qui déverserait des produits, dits dangereux, dans l’Oued Méliane. Sur les photos, on voit aussi un pick-up de la police de l’environnement et le commentaire assure que le gouverneur de Ben Arous aurait pris des mesures contre cette entreprise.

Contacts pris avec l’entreprise, une source officielle de Carthage Cement affirme à Africanmanager que les camions en question sont bel et bien ceux de Carthage Cement. La même source affirme cependant que «Carthage Cement n’utilise aucun produit dangereux dans son processus de production, et que ce n’est que de l’eau où il n’y a aucun ajout ni aucun produit d’aucune sorte. De l’eau avec une salinité plus élevée puisque le reste c’est l’eau osmosée dans sels».

Selon notre source, l’entreprise utilise l’eau osmosée pour refroidir les moteurs (système de radiateurs). Cette technique, assurent les techniciens, produit une eau pure à 99,9 %. Ce qui est loin de représenter un quelconque danger. Pour obtenir l’eau osmosée les osmoseurs séparent l’eau super pure du reste de l’eau qui contient les sels minéraux et le calcaire. C’est cette eau restante qui serait déversé, en aval de l’Oued Méliane pour aller directement rejoindre la mer. «Ce déversement se fait d’ailleurs sur autorisation du gouverneur, sur avis de toutes les structures en charges des questions de l’agriculture dont le délégué régional du développement agricole, des eaux et de l’environnement», affirme encore notre source.

Notre source officielle chez Carthage Cement était au courant que «certains agriculteurs se sont plaints de la salinité de l’Oued Méliane. Après plusieurs réunions, il a été convenu que Carthage Cement investisse dans la création d’un bassin pour y mettre le reste de l’eau osmosée ensuite le déverser à la fin de l’Oued Méliane (17 Km plus loin) pour que ça aille directement dans la mer. C’est exactement ce que CC a fait après avoir obtenu une autorisation écrite pour ça». L’entreprise se dit par ailleurs prête à fournir tous les rapports d’analyses de cette eau, pure mais quelque peu salée, mais déversée en aval de l’Oued pour éviter un éventuel impact agricole

Notre source est aussi consciente que «Carthage Cement, depuis sa confiscation, est cible de plusieurs attaques de la part de plusieurs parties. Elle ne veut être ni le terrain de recrutement d’électeurs, ni le champ de bataille des syndicats, ni même l’objet d’un règlement de comptes entre partis». Il est en effet quelque part bizarre que ces photos soient mises en ligne à la veille des élections, alors que ni la police de l’environnement, ni les services agricoles ne s’en sont officiellement inquiétés auprès de Carthage Cement.

Reste donc à se demander si on ne voudrait pas simplement étouffer «la cimenterie la plus propre du pays» selon ses concepteurs, et de demander au confiscateur d’assumer la mise en faillite de cette société, la mise en chômage de 1300 personnes (CC+NLS) et la ruine de plus de 6000 actionnaires en Bourse. Il est vrai aussi que les pages fb qui ont posté ces photos ne le font que pour cette cimenterie. Force est aussi de se demander pourquoi l’ONAS refuse que l’entreprise en question utilise ses réseaux pour évacuer cette eau alors que c’est manifestement l’eau la plus propre de tout ce qu’elle gère dans ses réseaux. Pour l’instant donc rien n’est retiré par le gouverneur et l’autorisation du gouverneur, par ailleurs renouvelable, court toujours.

Il ne reste qu’à espérer que l’administration ne cède pas aux pressions des réseaux sociaux qui n’ont aucun fondement chimique, au détriment de l’investissement de plus d’un milliard de Dinars et ne détruise 1300 familles et mette à mal le marché du ciment en Tunisie, d’autant que l’entreprise est étatique et qu’elle a pris toutes les dispositions pour apaiser les peurs des agriculteurs, avec de lourds investissements supplémentaires en temps de crise financière.

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