Taboubi met Chahed entre le marteau et l’enclume

Taboubi met Chahed entre le marteau et l’enclume

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A l’appel de l’UGTT, les agents et les cadres de la fonction publique ont observé,  jeudi 22 novembre 2018, une grève générale sur tout le territoire de la République. Une grève qui a été vivement  critiquée et contestée par une bonne frange de la société. Une grève qui a mis le gouvernement entre l’enclume et le marteau. D’une part,  le FMI qui appelle à la réduction de la masse salariale et d’autre part,  l’UGTT qui menace d’escalade et de tout faire pour obtenir des augmentations. La réponse des experts a été plus ou moins nuancée.

Dans une déclaration accordée à Africanmanager, le conseiller fiscal Mohamed Salah Ayari a estimé qu’on veuille ou non,  la grève de la fonction publique a eu lieu et cela est très mauvais pour L’État et l’image de la Tunisie de façon générale.

Il a toutefois dénoncé la contradiction du gouvernement entre ce qui a été dit à l’UGTT et ce qui a été confirmé au FMI sur le gel des salaires de la fonction publique. D’après lui,  le gouvernement avait conclu, selon les documents qui ont été présentés hier par l’UGTT, un accord préalable avec le syndicat pour augmenter les salaires alors qu’à la date du 14 septembre dernier, le gouvernement avait confirmé au FMI qu’il n’y aura pas d’augmentations, qualifiant ce comportement de très mauvais pour l’image de la Tunisie. Et d’ajouter, dans le même ordre d’idées, qu’augmenter les salaires dans le secteur public et privé et ne pas suivre la même logique avec la fonction publique pèche par une criante inégalité, sachant que le taux d’inflation officiellement annoncé est aux alentours de 7,4% et 7,5% alors qu’en réalité, il a atteint un taux record qui avoisine les 8% , d’autant  que dans certains secteurs, le taux d’inflation atteint 10%.

Il a souligné que devant ce dilemme, l’UGTT “s’est trouvée obligée de défendre les intérêts des fonctionnaires de l’État qui eux- mêmes font partie de la population tunisienne et subissent comme tout le monde les effets de l’inflation galopante, afin d’améliorer leur niveau de vie et de pouvoir subvenir à leurs besoins nécessiteux”, selon ses dires.

Concernant le gouvernement et sa relation avec le FMI, l’expert fiscal a tenu à préciser que le gouvernement s’est retrouvé entre le marteau et l’enclume , soulignant que depuis la Révolution, les gouvernements successifs n’ont pas trouvé de solutions radicales pour améliorer les conditions économiques et sociales de l’entreprise.

Il a indiqué  que la masse salariale prévue par le budget de l’Etat pour 2019 est estimée à 16 500 millions de dinars alors que le FMI exige qu’elle ne doit pas excéder 14% du PIB dans une première étape pour être ramenée à 12 % en 2020, précisant que l’importance de la masse salariale ne provient pas réellement des salaires élevés dans la fonction publique mais beaucoup plus du nombre élevé des fonctionnaires, autour de 690 mille, ce qui confirme que le niveau des salaires demeure très bas.

Il a exprimé le souhait que  ce bras de fer entre le gouvernement et l’UGTT soit cesse au plus vite car en fin de compte, a-t-il expliqué,  c’est le pays qui sera le plus perdant. C’est ainsi qu’il a proposé de se retrouver de nouveau autour de la table de négociation, de chercher ensemble des solutions adéquates et intermédiaires pour éviter l’aggravation de la crise qui peut avoir des effets très néfastes sur la stabilité politique, économique et sociale, la paix sociale et la sécurité du pays, selon ses dires.

Le gouvernement ne ferme pas la porte de la négociation

Le 24 octobre dernier, la centrale syndicale avait menacé de décréter une grève générale dans le secteur public, mais cette grève n’a pas eu de suite après que le gouvernement et le syndicat se sont mis d’accord sur le montant de l’augmentation et les mécanismes de sa mise en œuvre.

Dans une déclaration à TAP, le ministre des Affaires sociales, Mohammed Trabelsi, a expliqué que l’augmentation des salaires dans le secteur public serait déduite des budgets des entreprises et ne serait pas directement dépensée par le budget de l’Etat, contrairement à l’augmentation de la fonction publique qui entraînera l’approbation de dépenses spéciales par le budget.

Cependant, cette augmentation contredit la lettre d’intention adressée par le gouvernement tunisien le 14 septembre 2018 à la directrice du Fonds monétaire international (FMI) confirmant son engagement à ne pas augmenter les salaires et son intention de contrôler le ratio masse salaire /produit intérieur brut.

Alors que le ministre des Affaires sociales affirme que la porte des négociations n’a pas été fermée sur la question des augmentations des salaires, l’UGTT insiste sur le fait que le gouvernement a fermé et même bloqué toutes les portes des négociations et que la grève générale observée jeudi dont le taux de réussite selon les syndicats a atteint 95% n’est qu’un premier mouvement d’escalade afin de faire bénéficier près de 670 000 fonctionnaires d’une augmentation des salaires.

Il est à signaler par ailleurs que plus de 8 000 manifestants ont répondu à l’appel de la centrale syndicale pour porter leurs revendications devant le palais du Bardo, rapporte jeune Afrique, citant des sources proches des forces de l’ordre. Sur l’ensemble du territoire national, ils auraient été dix fois plus nombreux à exiger du gouvernement des augmentations de salaireS pour les agents de l’État. Cette mobilisation, précise la même source,  est la plus importante depuis le lancement en 2013 du dialogue national, une initiative menée par l’UGTT, le patronat et la société civile pour assurer la stabilité du pays..

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