La peur de gagner et de gouverner seul s’est installée !

La peur de gagner et de gouverner seul s’est installée !

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Ennahdha, grâce à ses partisans qui votent comme un seul homme, ou presque, est presque assurée de jouer les premiers rôles aux élections de cette année, notamment les législatives. Pour ce qui est de la présidentielle c’est moins certain, raison pour laquelle le mouvement souffle le chaud et le froid et envoie moult ballons d’essai pour tester l’humeur de l’opinion publique. “Le parti Ennahdha est concerné par les élections présidentielles et présentera un candidat “, a affirmé, dimanche 10 février 2019, Abdelkarim Harouni, président du Conseil de la Choura, ajoutant que la “position du mouvement ne sera pas neutre comme c’était le cas en 2014“. Mais tout de suite après avoir dit ça, il brouille les cartes, et les esprits, en déclarant que “le Conseil de la Choura a appelé le bureau exécutif à examiner les différents scénarios qui prendront en considération l’intérêt de l’Etat et celui du parti en présentant soit un candidat choisi parmi les dirigeants du parti ou bien en appuyant la candidature une candidature de l’extérieur“. Alors qu’on nous avait dit dernièrement que le candidat était tout trouvé : Rached Gannouchi, le président d’Ennahdha ! Il est vrai que les maigres chances de ce dernier à la course pour le fauteuil de Carthage, attestées par tous les sondages, ont de quoi tempérer les ardeurs. Mais ce n’est pas seulement sur cette question que les islamistes tanguent, hésitent, pour de bonnes raisons du reste…

Chahed, jusqu’à nouvel ordre

Intervenant lors de la clôture des travaux du conseil de la choura organisés, à Hammamet, Harouni a précisé que toutes les données ne sont pas encore disponibles concernant les candidats qui se présenteront à ces élections, expliquant que son parti fixera sa position finale sur la base “de l’intérêt du pays“. Encore du flou, mais ont-ils le choix ?
Le dirigeant a, dans le même contexte, refusé de parler d’une tendance au sein du parti qui revendique la mise en place d’un gouvernement issu des urnes ou un gouvernement de technocrates, précisant que l’idée force issue du Conseil de la Choura consiste à défendre “le gouvernement de coalition nationale actuel présidé par Youssef Chahed et de poursuivre cette expérience“. Il a encore réitéré la position de son parti consistant à soutenir la stabilité du gouvernement qui devra se consacrer à relever les défis économiques et sociaux et à préparer le pays pour des élections libres et transparentes.

Un calcul très politique !

S’agissant de la transparence de la ligne séparant la neutralité du gouvernement et l’utilisation de l’administration pour des velléités politiques, Harouni a estimé que la ligne consiste à appliquer la loi. “L’administration et les ministères sont au service de tout le monde sans donner de préférences à un parti au détriment d’un autre“, a-t-il expliqué, ajoutant que la garantie de la neutralité “est la responsabilité des médias libres“.
Il a, dans le même cadre, condamné quiconque utilise le pouvoir pour servir les intérêts d’un parti au détriment d’un autre, estimant que la justice assume la responsabilité de faire face aux contrevenants. Il faut comprendre par là que Ennahdha n’est pas mue uniquement par la défense de la légalité et des institutions, ce que d’ailleurs ont fait d’autres partis politiques, elle défend aussi ses intérêts. Elle ne voudrait pas que le très probable futur allié, Youssef Chahed, se serve trop et déséquilibre les rapports de force entre les deux formations…

Nidaa ou Tahya ? Cela dépendra de…

En ce qui concerne les alliances politiques, Harouni a expliqué que la politique de son parti repose sur le consensus et vise à tendre la main à la majorité des anciens et des nouveaux partis sur la base des programmes et l’intérêt de la Tunisie.
Nous sommes prêts à poursuivre notre relation avec Nidaa Tounes et en même temps nous attendons le programme du nouveau parti Tahya Tounes pour élaborer une base commune qui peut lier les deux partis “, a-t-il encore ajouté. Encore du flou artistique, mais dans la tête des nahdaouis c’est très clair, et c’est d’ailleurs ce qu’ils ont toujours fait : Attendre sagement pour s’assurer de la direction du vent avant de déterminer avec quel partenaire l’union sera scellée. Il se pourrait bien, au rythme où vont les passes d’armes, que Ennahdha ait in fine à choisir entre Nidaa et Tahya, mais elle n’aura aucun problème pour le faire puisque ce sera après l’officialisation du ou des – c’est plus probable – vainqueurs de la joute électorale. Donc le mouvement ne prendra aucun risque, il se mariera avec le plus costaud pour sécuriser l’avenir…

Les traumatismes de 2014

Les islamistes sont forts et le seront encore, mais ils ne sont pas tous-puissants. Ils n’ont pas pu oublier si vite la mobilisation populaire qui les a boutés hors du pouvoir en novembre 2014. Cela a marqué leurs esprits; ils savent très bien que l’opposition politique est forte, et que la majorité silencieuse qui a gardé un goût amer du règne de la Troïka, avec les errements et le laisser-aller qui ont conduit aux assassinats politiques, pourrait de nouveau se mobiliser et se dresser sur leur chemin. Alors la raison dicte de se faire tout petit, de résister à la tentation de gouverner seul même si la mobilisation de leurs électeurs et l’abstention en face leur donnait une victoire. Ennahdha s’accommoderait bien d’une autre coalition où elle ne serait pas forcément en premier plan, pour ne pas exciter l’ennemi, l’essentiel étant de rester au coeur du pouvoir, de bénéficier de ses avantages et largesses sans pâtir de ses inconvénients, exactement comme elle l’a fait avec Nidaa Tounes. La question est de savoir si Nidaa Tounes et Tahya Tounes feront de nouveau la route avec les islamistes quand on voit les dégâts que ça a provoqués dans l’électorat de Béji Caïd Essebsi. Encore faut-il que les mêmes électeurs leur laissent le choix en donnant à l’un ou l’autre – Nidaa Tounes ou Tahya Tounes- une majorité confortable qui l’affranchirait d’une alliance avec Ennahdha…

S.L./TAP

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