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mercredi 30 septembre 2020
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Même contre son gré, ils obligeront BCE à y aller !

Les dirigeants nidaïstes, manifestement, s’apprêtent à adouber le fondateur du parti, le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), pour les élections de 2019, même contre sa volonté. Ridha Belhaj, qui ne semble être revenu à Nidaa Tounes que pour ça – et aussi pour flinguer le chef du gouvernement, Youssef Chahed -, a été le premier à sortir du bois. Le chargé de la communication de Nidaa, Mongi Garbaoui, vient de lui emboiter le pas, avec des propos qui cachent mal la menace en direction de Chahed. Mais en réalité les leaders de Nidaa n’auront tout simplement pas le choix : Face à l’absence criante de présidentiables au sein du parti, BCE, malgré ses 92 ans, pourrait être contraint de rempiler. Si on part du principe que les carottes des législatives sont quasiment cuites, du fait de la plongée de la cote de popularité de Hafedh Caïd Essebsi et compagnie, et que le Congrès électif du parti ne pourra rien y changer dans ce court laps de temps, le vieux briscard pourrait être la seule carte pour empêcher que l’alliance stratégique Ennahdha-Chahed rafle toute la mise. Et de ce point de vue la démonstration de force lors du vote de confiance du 3ème gouvernement de Chahed est un sacré épouvantail.

Il n’a pas droit à la retraite

Ce serait donc ça la tragédie personnelle du chef de l’Etat : Ne pas avoir le droit d’aller à la retraite après tous les services qu’il a rendus au pays, notamment après le bouillonnement qui a suivi le départ précipité de Ben Ali. Etre obligé de ferrailler encore au scrutin de 2019, pour éviter que son parti soit rayé des tablettes, bouté hors de l’exécutif, c’est effectivement un sort très peu enviable à cet âge là. Mais il faut dire aussi que le vieux briscard n’a rien fait pour s’offrir une retraite tranquille, où il s’assoirait pour admirer son oeuvre, la voir évoluer, gagner des combats et présider aux destinées du pays. Ces choses là se préparent, se travaillent. Or le président de la République a laissé dériver le parti, l’a regardé couler, sous le magistère de son fils, qu’il a refusé jusqu’au bout de stopper. Et maintenant on en est là : le parti s’est vidé de son sang, pire, il a perdu le feu sacré qui a fait triompher BCE aux élections de 2014. Et pour finir Essebsi fils et sa bande ont sabré les fils ténus qui les reliaient à Chahed, qui était sans doute le plus apte, au regard de sa popularité attestée par les sondages, à reprendre le flambeau.

Mais la contrainte n’est pas la seule explication de ce qui se mijote actuellement autour du chef de l’Etat, il y a aussi cet appétit naturel pour le pouvoir, lequel crée une accoutumance et une dépendance dont on ne se remet jamais. Quand on voit la délectation manifeste de BCE quand il épate la galerie à chacune de ses sorties médiatiques et quand on voit le malin plaisir qu’il prend à cogner sur son ex-protégé, Youssef Chahed, on se dit qu’il est taillé pour le job. Un job très bien payé, couvert d’honneurs et de gloire, et où on se contente de parader aux quatre coins du monde, de dire son mot de temps en temps sur les affaires du pays… Il y a effectivement plus difficile dans la vie ! Mais si cette planque dorée fait les affaires de son occupant, il faut se demander ce qu’il en est pour la Tunisie.

Glavany avait raison

L’homme politique et ancien ministre français Jean Glavany avait provoqué un tollé en 2017 en évoquant l’avenir problématique du Maghreb arabe, à cause de ses dirigeants vieux et malades. La polémique est retombée depuis, certes, mais le problème reste entier. L’Algérie traine toujours le boulet de l’ère Bouteflika, une parenthèse que le pays ne veut toujours pas fermer. Bon, les citoyens, traumatisés par les années de plomb, se détournent des questions liées au pouvoir, mais ils savent tous que c’est le frère du président et les patrons de l’armée qui tirent toutes les ficelles. En Tunisie aussi les citoyens se désintéressent de plus en plus de la chose politique, mais ce n’est pas une raison pour leur imposer des directions opposées aux intérêts suprêmes de la nation. Envisager un second mandat à 92 ans, même si on a une forme étincelante, est une manière de boucher les horizons du pays, de confisquer les choix des citoyens pour un renouvellement immédiat qui parierait sur l’avenir. Et personne, pas même celui qui a sauvé le pays en février 2011, n’a le droit de faire ça à sa patrie.

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