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jeudi 22 octobre 2020
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Pourquoi l’AMT a attendu 2 semaines pour attaquer BCE ?!

Chaque Révolution a son lot de victimes expiatoires, boucs-émissaires diraient d’autres, des personnes phares sur qui se cristallisent la haine populaire et l’impérieuse nécessité de solder les dérives d’une époque, de punir un système qui a fauté, torturé, spolié, rudoyé, traumatisé ses citoyens. La France, pour prendre un exemple que nous connaissons bien, a eu aussi sa phase de « nettoyage; d’abord en pleine poussée de fièvre révolutionnaire, en 1793, avec la décapitation du roi Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, accusés de tous les maux. Ensuite Robespierre et compagnie ont entamé une longue et sanglante chasse aux sorcières qui a répandu le sang aux quatre coins de l’Hexagone. Il a fallu la restauration (1814-1830), avec Napoléon Bonaparte, pour ramener le calme dans un pays qui a brûlé tous les idéaux de la Révolution (liberté, égalité, fraternité). La Tunisie aussi, dans une moindre mesure certes, a connu la tentation des règlements de compte après le départ précipité du dictateur. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), avait tenté d’en sortir en proposant un projet de réconciliation nationale. L’affaire a capoté, les tourments du passé étant encore trop vivaces, alors ce sera in fine l’Instance Vérité et Dignité, et la sulfureuse réputation de sa présidente, Sihem Ben Sedrine, avec leur rendement diversement apprécié. Mais l’opinion publique ne tient toujours pas ses coupables, ses symboles des dérives du passé. Le flamboyant Borhene Bsaies, coincé par la justice pour une affaire d’emploi fictif à la Sotetel, en faisait partie. Sa libération, suite à une grâce présidentielle, au bout d’à peine 2 mois de prison alors qu’il était censé y rester 2 ans, a ulcéré la Commission d’amnistie et l’Association des magistrats tunisiens (AMT), et cette dernière l’a fait savoir hier mercredi 26 décembre 2018. L’AMT a remis ça ce jeudi, en convoquant cette fois la presse pour dire tout le mal qu’il pense du geste de BCE.

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L’AMT marque des points

Le président de l’AMT, Anas Hamadi, a exprimé le mécontentement des membres de la structure suite à la grâce présidentielle accordée au dirigeant de Nidaa Tounes Borhene Bsaies, deux mois après le jugement rendu contre lui pour des crimes de corruption financière et de préjudice à l’administration.
Hamada a indiqué, lors d’une conférence de presse, que l’AMT a demandé au ministère de la Justice de révéler les détails du dossier. Il s’est avéré à ce propos que toutes les procédures judiciaires ont été respectées pour examiner le dossier de l’amnistie concernant Borhene Bsaies, sauf que la Commission en charge des dossiers d’amnistie au sein du ministère a refusé sa relaxation pour cause de non respect des conditions légales requises
« Le président de la République n’a pas tenu compte de l’avis de la commission du ministère de la Justice et a décidé de gracier seulement Borhene Bsaies » a déploré Hamada, faisant observer que généralement la grâce présidentielle concerne un groupe de prisonniers ou une catégorie spécifique jugée dans des affaires de drogue ou de chèques. Cette mesure ne peut pas être accordée à une seule personne qui plus est inculpée dans des crimes de corruption financière.

Bsaies aurait dû se terrer !

Les arguments de l’AMT sont frappés au coin du bons sens, mais ils ne peuvent masquer le fait que le calvaire de Bsaies était plus une affaire de symbolisation des turpitudes et fautes de l’ancien régime qu’autre chose. Loin de nous l’idée de le dédouaner, il devait payer pour ce qu’il a fait et sans doute ne l’a-t-il pas assez fait, mais il faut aussi reconnaître que beaucoup d’autres ont fait pire ou au moins autant que lui; des milliers, des dizaines de milliers de personnes ont profité de l’ancien système, ont collaboré, se sont tues quand il fallait se lever pour dénoncer mais à ce qu’on sache elles n’ont pas toutes été traduites devant la justice. Bsaies, à lui tout seul, ne peut pas payer pour tout le monde, même s’il en énerve plus d’un avec son effronterie et sa fidélité absolue à un Hafedh Caïd Essebsi qui a finalement accéléré la désintégration de Nidaa Tounes, alors qu’il était censé, en tant que chargé des Affaires politiques, ouvrir d’autres horizons pour le parti.

Bsaies a été tiré d’affaire par BCE le 10 décembre 2018, il a donc fallu plus de deux semaines avant que l’AMT réagisse. C’est un peu tard, trop tard ! Ce sont deux semaines de trop pour qu’on les prenne au sérieux. Où étaient les magistrats ? Que faisaient-ils, alors que l’affaire a fait grand bruit dans les médias et l’opinion publique ? Mystère. Peut-être que c’est le retour prématuré de Bsaies sur la scène médiatique qui irrite les magistrats, et ils ne sont pas les seuls, plutôt que sa sortie de prison. L’ex-journaliste, qui devait savoir que sa libération allait être mal digérée par des citoyens qui ont la dent dure avec tout et tout le monde depuis le 14 janvier 2011, aurait dû se terrer, ou même filer à l’étranger pour se faire oublier et surtout faire oublier le coup de main du chef de l’Etat. Mais voilà, il n’a pas pu résister, il a fallu pondre ce texte insipide de remerciements dès le lendemain de sa libération. Après il pousse le mauvais goût jusqu’à faire ces traits d’humour complètement ratés sur le décès du journaliste Abdel Razzaq Zorgui. Il venait de rater, une fois de plus, une bonne occasion de se taire.

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