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Tunisie : Taoufik Rajhi dit la vérité des prix et pointe du doigt les vrais responsables !

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Il n’est pas le ministre des Finances, mais il en connait tous les arcanes. C’est un survivant du gouvernement «Essid» et il est l’homme des grandes réformes dans le gouvernement de Youssef Chahed. «Il y a d’abord les circuits distribution qui appliquent des marges exorbitantes par rapport aux coûts de production. Il y a ensuite les groupements et les pratiques illicites de monopolisation pour contrôler le marché et créer la rareté pour faire augmenter le prix. Il y a enfin la dépréciation du dinar qui engendre une inflation importée», affirme-t-il.

Avec lui, Africanmanager a évoqué, dans le détail, la question de la hausse des prix qui secoue depuis quelques jours la Tunisie, avec une vague de protestations, pacifiques et destructrices. Interview :

Quels effets, selon vos scénarios, pourraient avoir les mesures fiscales de la LF 2018, sur les prix et dans quels domaines ?

Lors de la préparation de la loi de finances 2018, nous avons entrepris des simulations pour voir l’impact de la hausse de la TVA sur les prix. L’effet varie, selon le panier de biens, de 28 millimes à 77 millimes avec une moyenne de 72 millimes pour chaque 10 Dinars dépensés. Autant dire que l’effet est marginal et ne pourrait expliquer la hausse des prix héritée de l’année 2017. Le 1 point de TVA ne rapporte que 330 MDT sur une année, ce qui voudrait dire que ce n’est pas lui la source de la hausse des prix. En plus, il s’inscrit parfaitement dans une réforme fiscale adoptée depuis 2013. Comparativement à nos voisins et aux taux standards, en matière de TVA, nous sommes très en-dessous.

Comment cela ?

Au Maroc le taux de TVA est de 20 %. En Algérie il est de 19 %. En Italie il est de 21% et en France il est de 20%, alors qu’au Portugal il est de 23%.

Et la hausse des droits à la consommation ?

Même les biens soumis aux augmentations de droits de consommation ont été choisis de sorte que les biens essentiels ne soit pas impactés. Il n’y a que 4 produits alimentaires qui sont soumis aux droits à la consommation : Il s’agit du chocolat, des biscuits, des glaces et des produits sucrés. Le reste concerne les montres en or, les yachts, le granite et les produits de beauté. Autant dire que ce sont des produits de luxe.

En vous écoutant, on a l’impression que la loi de finances n’est pas la cause de la hausse des prix observée aujourd’hui !

La loi finances, et en particulier les mesures de TVA, ne sont pas responsables de la hausse de l’inflation observée depuis 2017. D’ailleurs, la TVA ne s’applique pas aux produis agricoles et aux produits administrés de première nécessité, qui n’ont d’ailleurs pas augmenté. Le gouvernement continue de subventionner les produits de base à hauteur de 1.500 MDT. Il a aussi pris l’engagement de ne pas augmenter ces prix. La loi de finances aura sûrement un impact, mais marginal, qui devrait se faire sentir au cours de l’année. Mais la loi de finances 2018 n’est pas responsable de la hausse des prix. Il est de toutes les façons très tôt de le constater et donc de le dire.

Es-ce que vous êtes en train de contester la hausse des prix et la baisse des pouvoirs d’achat ?

Pas du tout. Le gouvernement s’est attaqué, depuis 2017, à la hausse des prix dont l’origine est triple. Il y a, d’abord, les circuits distribution qui appliquent des marges exorbitantes par rapport aux coûts de production. Il y a, ensuite, les groupements et les pratiques illicites de monopolisation pour contrôler le marché et créer la rareté pour faire augmenter le prix. Il y a, enfin, la dépréciation du dinar qui engendre une inflation importée. S’attaquer au problème de la hausse des prix, c’est lutter contre ces mécanismes et non contre la TVA.

On accuse le gouvernement de ne pas avoir accompagné ces augmentations, prévues dans la LF 2018, de mesures sociales. Pourquoi n’y avez-vous pas pensé ?

Au contraire, nous avons pensé et pris plusieurs mesures à cet effet. D’abord, nous avons maintenu les engagements d’augmentation salariaux en janvier, février, mars et avril. Nous avons aussi promis la revalorisation de la prime des familles nécessiteuses. Plusieurs mesures sont à l’étude, relatives à l’évaluation financière de cette prime qui devra tenir compte des contraintes budgétaires. Car nous ne faisons pas les choses à la légère.

Serait-il possible ou imaginable, après les manifestations, de suspendre la LF 2018, ou de faire une LF complémentaire ?

La Loi de finances de 2018 est une loi de rigueur économique et non d’austérité. Elle permettra de réduire l’endettement et de mettre les finances publiques sur une trajectoire de consolidation. La LF 2018 est cependant un simple alibi pour des considérations électorales, ce qui est irresponsable et n’a rien à avoir avec la hausse des prix constatée depuis 2017. Le pays a besoin de stabilité et de consensus autour des objectifs économiques. L’essentiel est d’avoir des mesures accompagnatrices pour alléger l’impact de certaines mesures sur les populations vulnérables. Suspendre la LF 2018 serait catastrophique pour le pays, mais une LF complémentaire est toujours envisageable.

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