Après 4 jours de panne sèche, l’UGTT peut-elle réellement s’intéresser aux élections...

Après 4 jours de panne sèche, l’UGTT peut-elle réellement s’intéresser aux élections de 2019 ?

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In fine, l’UGTT aura été le plus grand perdant, en matière d’image, de la dernière grève des carburants. Cette perception d’une UGTT antipopulaire et mal vue aurait été aisément confirmée par la 1ere institution de sondage d’opinion qui aurait eu le courage de le faire auprès des 1,7 million d’usagers des véhicules de transport, privés et professionnels.

La toute puissante centrale syndicale ouvrière tunisienne aura beau considérer, le 3 mai 2019, que la grève devenait illégale, elle sera désobéie par ses propres bases. Ces dernières tirent désormais, à leur manière, les leçons qu’elles veulent de la démocratie et mettent Noureddine Taboubi dans la mauvaise posture de casseur de grève, en acceptant la réquisition.

Les patrons enfonceront ensuite le clou de leurs adversaires, en mettant leurs parcs de camions à la disposition des militaires. L’UGTT a ainsi perdu, sur le plan de l’image auprès de la population, et toujours en matière d’image auprès de ses propres bases dont elle a cassé la grève !

Les résultats d’un tel sondage d’opinion, s’il avait été fait sur la perception de l’UGTT, ce syndicat qui se dit défenseur des intérêts de la Nation, auraient au moins permis de recadrer ce syndicat unique dans ses velléités de prendre part (certes de manière non encore claire) aux prochaines élections, notamment législatives.

  • Sondage d’opinion quand tu nous tiens !

Ce sondage d’opinion, qu’on ne verra jamais faire sauf par l’UGTT elle-même au risque de cloner les résultats de certaines élections d’avant-révolution, aurait certainement mis la centrale syndicale au raz des pâquerettes sur l’échelle des bonnes opinions, et lui aurait ôté toute envie de candidater. Mais allons plus loin et essayons de savoir qu’est-ce qui empêcherait cette organisation ouvrière de présenter des candidats, «indépendants» ou sous sa propre bannière ?

Théoriquement, l’UGTT ne pourrait pas candidater au titre d’organisation syndicale. Elle devrait soit se constituer en parti politique qui aurait alors un peu plus de 500 mille adhérents (moins qu’Ennahdha), soit faire candidater des «indépendants» qui auraient le soutien des 500 mille.

Il faudrait, pour cela, qu’elle se départisse de son indépendance et donne des instructions claires de vote. Ou enfin soutenir un parti politique. Dans ce dernier cas aussi, elle perdra son indépendance en tant qu’organisation professionnelle et défendant des intérêts professionnels.

  • L’argent, nerf de la guerre pour l’UGTT aussi, qui brûlerait le gouvernement

L’UGTT pourrait donc, comme en menacent de plus en plus ses dirigeants, rester intéressée par les élections de 2019. Elle ne pourra, théoriquement, pas prendre part sans risques. Celui de son indépendance est certes le plus important. Mais il y a aussi celui de perdre ses moyens financiers.

En effet, en assez grande partie, l’organisation syndicale est financée à travers un fonds créé en 1975 par Bourguiba et géré par la CNSS au profit du gouvernement qui en est le payeur. Ce fonds est constitué par des cotisations patronales. On imagine alors mal que l’UTICA consente à une telle utilisation de son argent et très mal que le gouvernement consente à financer les campagnes électorales de candidats de l’UGTT.

L’autre partie du budget de l’UGTT est constituée par les cotisations. Problème, celles-ci sont collectées par le trésor public tunisien qui les reverse ensuite, chaque mois ou annuellement, à la centrale syndicale. D’autres gouvernements tunisiens d’avant la révolution et plus spécialement de Bourguiba avaient essayé de couper ce cordon ombilical et y avaient échoué faute de courage politique. Celui de Youssef Chahed, si l’UGTT venait à décider de candidater, y sera obligé au risque d’être hors la loi.

Tout cela, sans compter le fait que, pour la 1ère fois de l’histoire de la Tunisie, la Cour des Comptes devra mettre son nez dans les bilans financiers d’une organisation syndicale véritable boite noire, non transparente pour le public et qui n’a jamais publié ses comptes ou ne s’est faite auditer par un organisme indépendant. Le risque électoral est ainsi trop grand pour l’UGTT.

  • L’UGTT ne peut-être qu’un simple spectateur, certes de poids en tant qu’électeur

Cette dernière restera donc une force, certes politique en face de gouvernements, tous faibles, aux mains tremblantes en matière politique dans son sens large, ou des gouvernements qui font trop de calculs sociopolitiques pour avoir le courage de faire ce qu’ils disent et même de dire ce qu’ils font. C’est une organisation syndicale qui a certes les moyens de ses politiques, mais nullement les moyens pour faire de la politique.

Crainte par les gouvernants, elle est protégée par les lois qui en font leur unique interlocuteur. Courtisée par les partis politiques et écoutée par les bailleurs de fonds de la Tunisie qui en ont marre de continuer à soutenir une transition économique qu’handicapent les freins des syndicats, elle reste mal vue par la presse étrangère spécialisée, comme un Prix Nobel qui tire le pays en arrière.

Force est de constater à la fin que l’UGTT est à l’image du dicton qui dit que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en ont font le moins. Elle parle des élections, mais sait très bien qu’elle ne peut pas se permettre d’en être un acteur direct. Autrement, les partis politiques et l’ISIE seront certainement aux aguets de ses consignes et instructions de vote.

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