Et si leur dernier missile pour le stopper explosait en plein vol

Et si leur dernier missile pour le stopper explosait en plein vol

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Dans un climat politique qui se tend incroyablement, à quelques encablures des élections de 2019, chaque partie et camp fourbit ses armes dans la perspective d’un combat qui risque d’être sanglant, à en croire la violence des coups qui sont déjà échangés dans l’arène politique. A l’ambiance des plus incertaines, le président de la République n’ayant encore renoncé à rien, même à 92 ans, il faut ajouter les incertitudes, tâtonnements et approximations d’une classe politique qui fait ses classes en matière de jeu démocratique, en même temps que les citoyens font leur douloureux apprentissage de la démocratie, un gros problème pour la Tunisie. Le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), a rangé pour le moment ses flèches contre le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et attend l’artillerie lourde que lui a promise le secrétaire général de Nidaa Tounes, Slim Riahi, avec sa plainte contre Chahed pour tentative de coup d’Etat, déposée auprès du Tribunal militaire, excusez du peu ! Mais il y a un os, un gros : Riahi est à l’étranger, pour affaire dit-il. D’aucuns disent qu’il a fui et ne reviendra jamais, pour échapper aux tourments judiciaires, et pas des moindres, mais aussi parce que son affaire de putsch serait du flan, du bidon quoi. Si c’est le cas, ce sera un gros pépin pour son parti, d’abord et pour BCE ensuite. Mais on n’y est pas encore, alors BCE se dégage la voie et nettoie autour de lui, en jetant son dévolu sur Ennahdha. Quant au combat avec l’ex-poulain, Chahed, et bien il viendra en son temps… ou ne viendra pas.

Deux erreurs fatales en quelques mois

Le dossier dit du putsch est sans doute l’une des dernières affaires qui peut encore freiner un chef du gouvernement sur qui ont glissé toutes les cabales pour le faire tomber. Balancer un missile judiciaire pour stopper l’adversaire politique et faire place nette, BCE en sait un rayon. Les islamistes en font la douloureuse expérience en ce moment même. Mais pour arrêter Chahed, c’est une toute autre histoire. En effet, à part les allégations de Riahi, Nidaa Tounes n’a rien à se mettre sous la dent dans cette affaire. “Nada“. Aucun des cadres du parti n’a jusqu’ici jeté un oeil sur les éléments de preuve contre Chahed que détiendrait le secrétaire général, ce dernier claironne partout qu’il a du lourd contre le chef du gouvernement, mais personne n’a encore rien vu. Le président du bloc parlementaire de Nidaa, Sofiene Toubel, l’a d’ailleurs reconnu, en direct, sur le plateau de Meriem Belkhadi. Oser s’attaquer au chef du gouvernement, tout de même, avec des munitions aussi frêles, c’est très léger, et dangereux si la riposte judiciaire – plainte pour diffamation – venait; mais que Riahi ait réussi à embarquer avec lui tous les dirigeants anti-Chahed du parti, ça c’est encore plus léger. Nidaa Tounes a été incroyablement imprudent en acceptant que Riahi soit parachuté comme SG, avec en plus toutes ses casseroles judiciaires qui font un boucan infernal, une bizarrerie qui est passée comme une lettre à la Poste. Manifestement les errements du parti bâti par le président de la République continuent, avec cette curée insensée sur Chahed sans même avoir pris le temps de consulter les documents que prétend détenir Riahi.

C’est économique, mais aussi très politique !

Et que fait le chef du gouvernement en ce moment ? Et bien il bouge, fait du terrain, travaille, promet et même dans certains cas règle des problèmes concrets, comme il l’a fait ce mercredi 05 décembre 2018 à Douar Hicher. Et demain jeudi 06 décembre il reçoit dans son palais de la Kasbah, pour une affaire de la plus haute importance : Le mode d’emploi pour que la Tunisie fasse des bonds en avant dans le classement “Doing Business“. Certes il s’agit de soigner les intérêts économiques du pays, à n’en pas douter mais l’affichage est aussi très politique, il ne faut pas s’y leurrer. En effet cet activisme sert aussi à imprimer dans la tête des citoyens ceci : Vous avez vu, pendant que mes détracteurs s’agitent dans la boue, dans des basses manoeuvres politiciennes où l’intérêt général est complètement absent, moi je travaille pour vous, vos enfants, votre avenir. C’est ça le message de Chahed. En attendant le bénéfice, là aussi très politique, qu’il pourrait tirer du dégonflement, comme une baudruche, du présumé dossier de Riahi, une affaire d’ailleurs que le chef du gouvernement s’est gardé jusqu’ici de commenter publiquement. Les conseils avisés de son staff sont sans doute passés par là, une sagesse et une clairvoyance auxquelles Nidaa Tounes ne peut pas prétendre, surtout depuis que l’ex-président du Club Africain en est le “patron”. Mais Chahed, quoiqu’incroyablement favorisé par la conjoncture politique actuelle, ne pourra pas s’exonérer de quelques succès économiques pour revendiquer les premiers rôles en 2019, si tel est son dessein. Rendez-vous demain, à la Kasbah, pour avoir une petite partie des solutions à même de blinder, éventuellement, son offre pour les élections de 2019.

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