La BTK «se tunisifie» : Toujours déficitaire, des salaires bouffant 50 %...

La BTK «se tunisifie» : Toujours déficitaire, des salaires bouffant 50 % du PNB et un DG à 1.700 DT/J

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Les états financiers de la BTK, filiale de la française BPCE, au 31 décembre 2018, faisaient ressortir un total bilan de 1,580.450 Milliard DT et un déficit de l’exercice s’élevant à 7,727 MDT contre un résultat, toujours déficitaire, de 39,696 MDT en 2017.

Notons qu’à l’exploitation et malgré un PNB en hausse de plus de 16,3 MDT, le résultat était déjà déficitaire de 22,645 MDT. Il était essentiellement plombé par les 35,3 MDT de «dotations aux provisions et résultat des corrections de valeurs sur créances, hors bilan & passif».

Le résultat a aussi été plombé par «les provisions constituées par la Banque jusqu’au 31 décembre 2018 qui s’élèvent à 15,788 MDT et les dotations aux provisions au titre de l’exercice 2018 qui totalisent le montant de 3,693 MDT, sans oublier la dotation spécifique sur Carthage Cement de 6,809 MDT».

  • Elle se redresse, mais pas avec assez d’adresse !

On remarquera que, bien qu’elle soit désormais en phase de redressement, comme pourrait en témoigner l’importante baisse du déficit, qui a été divisé par cinq en une année (7,7 MDT en 2018, contre 39,7 MDT en 2017), on croirait presque que cette banque, certes de droit tunisien, «se tunisifie» encore un peu plus dans son bas-bilan. Comme la Tunisie, elle donne plus de salaires qu’elle n’en peut et s’endette toujours plus, sans chercher les ressources à bas prix.

Première constatation : les charges d’exploitation bouffent plus de la moitié du PEB (produit d’exploitation bancaire). Un PEB qui évolue (+20,9 MDT), mais pas assez pour couvrir la hausse des charges d’exploitation (+4,653 MDT) et les stabiliser.

Deuxième constatation : un bilan largement handicapé par le poids des salaires du personnel. En effet, chez la BTK, les 33,729 MDT de frais de personnel ont représenté la moitié du PNB. Ces frais ont augmenté de presque 3 MDT.

Mais les charges générales d’exploitation aussi ont augmenté de presqu’un MDT. Le tout, sans compter qu’autant de dotations aux provisions des corrections de valeurs sur créances (35 MDT comme en 2017) pourrait signifier une mauvaise gestion du dossier des créances à la clientèle. Où était donc passée l’expertise française en la matière ?

  • Elle s’endette plus auprès de la BCT, mais réduit les voiles en crédits !

Dans le haut de bilan on remarquera, par exemple, que les dépôts et avoirs de la clientèle, ressources réputées à bas prix, n’ont presque pas changé entre 2017 (838,502 MDT) et 2018 (828,489 MDT) et on dirait même qu’ils ont légèrement baissé.

Un effort supplémentaire, pour donner confiance aux prospects et augmenter les dépôts de la clientèle et qui n’aurait manifestement pas été fait, aurait pu contribuer à baisser la dette de la BTK envers la BCT (129,397 MDT à fin 2018), qui a même doublé d’une année à l’autre (+84,364 MDT par rapport à 2017). Il est vrai que le coût de l’argent à la BCT est plus bas que l’inflation. Pourquoi alors la banque n’a pas usé de cet artifice, pour faire comme tout le monde, vendre l’argent de la BCT plus cher et en tirer bénéfices ? Ce qu’on remarque par contre, c’est que c’est une banque qui préfère réduire les voiles sur un secteur comme le leasing (-2,841 MDT), au lieu de soutenir ce secteur en crise latente.

  • 700 DT/J au DG, qui divise le déficit par 5

Baisse donc, chez la filiale de la français BPCE en 2018, pour les créances sur la clientèle. Avec la hausse des taux qui fait le bonheur de plus d’une banque en Tunisie, la BTK a préféré baisser l’encours de ces crédits à la clientèle (1.292 MDT contre 1.198 MDT l’année 2018, soit une diminution de 94,515 MDT), se privant ainsi de bénéfices à réaliser sur ces crédits. Entretemps, on remarquera que les créances impayées ont augmenté de 15,490 MDT, dont la moitié en impayé sur le principal. Mauvaise gestion des crédits et mauvaise sélection des clients ?

Dans les frais du personnel, on retrouve les 627 mille DT de rémunération du DG, en brut et sans compter les 162 mille DT de charges sociales. Notons aussi que «la rémunération du Directeur Général est composée d’une rémunération fixe annuelle brute et d’une partie variable conditionnée par l’atteinte des objectifs qui lui seront précisés. Il bénéficie aussi, du remboursement des frais exposés dans le cadre de l’accomplissement de son mandat sur présentation de facture, d’une enveloppe forfaitaire annuelle à l’effet de couvrir les frais de transport aérien des membres de sa famille, de l’attribution de deux véhicules de fonction avec chauffeurs, de la prise en charge de ses frais de consommables et de gardiennage ainsi que des frais d’installation dans son logement de fonction».

Sans vouloir remettre en cause la compétence de quiconque dans cette banque, où l’Etat tunisien est encore actionnaire, on ne peut s’empêcher de se demander, même avec notre degré de connaissance des finances qui n’a rien à voir avec celui du DG de la BTK, si avec une rémunération mensuelle, brute mais sans charges sociales, de 52.250 DT équivalents à 1.741 DT par jour en brut, un DG ne pourrait pas faire un peu plus que baisser le déficit ! L’opération est peut-être simplette et avec des raccourcis, mais les chiffres ont la tête dure !

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