Lipton donne raison à Youssef Chahed et Rajhi donne de la voix

Lipton donne raison à Youssef Chahed et Rajhi donne de la voix

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La Tunisie a passé le cap de la 6ème revue financière du FMI et a pu arracher les 247 MUSD. L’examen des résultats de cette revue a été conduit par David Lipton, premier DGA du FMI, un des faucons de l’institution financière internationale, de nationalité américaine.

Le communiqué issu de cette réunion du conseil du FMI, rendu public le 12juin 2019, maintient certes les principales recettes du «Docteur FMI». «Il n’est pas possible de relâcher l’effort en matière d’impôts ou de dépenses courantes après la récente augmentation des salaires de la fonction publique (…). Des hausses supplémentaires des taux directeurs seraient justifiées si les prévisions d’inflation pour décembre 2019 étaient supérieures à l’objectif », précise-t-il dans ce communiqué, sans oublier la dévalorisation du Dinar sur laquelle les négociateurs tunisiens ont tenu tête pour dire non.

Mais force est aussi de constater qu’il ne se prive pas, dès les premières lignes de son dernier communiqué, d’attirer l’attention sur les «progrès impressionnants dans le processus démocratique mais, malheureusement, les événements internationaux ont rendu la transformation économique plus lente que prévu». Un geste de bienveillance qui voudrait dire que le FMI comprend bien la difficile situation de son client.

Et comme un clin d’œil au chef du gouvernement, qui n’arrête pas de dire à ceux qui, pour des raisons politiciennes, ne veulent pas l’entendre, que la situation économique s’améliore, le FMI affirme que «les efforts politiques commencent à porter leurs fruits». Youssef et ses conseillers Chahed apprécieront certainement !

Et comme un refrain au sénateur français J.P. Raffarin, l’Américain David Lipton ajoute, en privé, que «les Tunisiens font de gros efforts mais ne sont pas chanceux. Leur principal partenaire, l’UE est lent à la détente». Et d’expliquer que «les pays voisins souffrent d’agitations politiques qui se traduisent par des chocs sécuritaires en Tunisie, notamment des attentats terroristes et leur effet durable sur la confiance de l’économie», avant de franchir le pas, presque dans les pas du président américain qui n’arrête pas de tancer son homologue français : «Nous invitons donc nos partenaires européens ainsi que les États-Unis à soutenir les efforts des autorités en complément des efforts du FMI à cet égard. La mise en œuvre des réformes structurelles et des politiques du FMI ne sera pas possible sans leur aide». Macron entendra-t-il Raffarin et Lipton ? La dernière visite de Chahed à Genève n’aura certainement pas manqué de le dire.

En attendant, et pour le front intérieur, Taoufik Rajhi, ministre en charge des réformes, ne se prive pas et se lâche d’un coup de gueule, sur sa page des réseaux sociaux, contre tous ceux qui, directement ou indirectement, remettent en cause les réussites du gouvernement, et trainent le pas en matière de réformes. «Approbation de la cinquième revue du programme économique et financier (sixième tranche) par le CA du FMI à l’unanimité. Un vote de confiance pour la politique de régulation conjoncturelle et stabilisation macroéconomique dans une conjoncture économique internationale difficile et conditions nationales de réformes quasi- inexistantes. Nous avons pu convaincre de nos choix en matière de politique budgétaire (augmentation des salaires, financement des caisses, subvention énergétiques). Nous avons ajouté et renforcé la composante sociale du programme économique et l’accommoder avec les contraintes budgétaires». Ça, c’est pour le volet autosatisfaction.

Il rappelle ensuite, certainement pour ceux qui accuseraient le gouvernement de ne faire qu’appliquer le remède de cheval du FMI : «nous continuons de diverger avec l’équipe du Fonds quant à la politique de change (dépréciation du dinar car pas d’autres solutions), et nous l’avons fait savoir à plusieurs reprises. Stabiliser le taux de change relève chez nous de la politique structurelle sectorielle que de la régulation conjoncturelle. Beaucoup de travail reste à faire».

Le coup de gueule, il y vient : «La Tunisie ne se sortira de ce marasme économique que lorsque les principaux acteurs de la vie publique arrêteront de poursuivre la politique de « vendre le singe et se moquer de son acheteur » ou celle de « assassiner la personne et marcher dans ses funérailles».

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