Tunisie : 13.500 reçoivent rémunération sans travailler et 113 plaintes déposées

Tunisie : 13.500 reçoivent rémunération sans travailler et 113 plaintes déposées

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Le secteur tunisien du phosphate est, de nouveau et pour la énième fois à l’arrêt, pour une querelle sur la liste des admis dans un concours de recrutement. A chaque publication de listes des admis au concours de recrutement, ce sont les recalés qui s’insurgent et finissent toujours par imposer un nouveau concours qui est, à son tour et à chaque fois, contesté. Et c’est, de nouveau, tout un pan de l’économie tunisienne qui, plus est, était fort pourvoyeur en devises à travers ses exportations, est paralysé par des mouvements sociaux, devant lesquels tous les gouvernements le sont tout autant. Le 10 mai 2017 pourtant, le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïed Essebssi avait promis de ne plus tolérer le blocage des sites névralgiques. Impuissant, comme le reste du gouvernement, le ministre de l’Energie, pourtant ancien syndicaliste et fils de syndicaliste, ne peut que se rendre à cette triste évidence.

  • 500 emplois fictifs dans les sociétés de l’environnement

«Cela dure depuis sept ans et ça ne va pas s’arrêter», dit Khaled Kaddour à Africanmanager, cela surtout que tant la CPG que le Groupe Chimique ont atteint la limite de leurs capacités de recrutement. «Dans l’industrie phosphatière tunisienne, le nombre de ceux qui perçoivent rémunération a triplé. Je ne veux pas parler de salariés, tant est important le nombre de ceux qui perçoivent salaire et ne travaillent guère pour atteindre désormais 13.500 personnes», nous a indiqué le ministre tunisien de l’Energie et des mines. Et d’ajouter, certainement sans trop y croire, que «cela ne peut plus continuer». Le ministre indique que «cette démarche de recruter des gens dans les sociétés de l’environnement [Ndlr : Par ailleurs des sociétés fictives, offrant de l’emploi fictif] ne peut plus continuer. Cela a créé plusieurs problèmes et désormais, tous veulent travailler dans l’environnement, car ils sont payés sans travailler».

Lorsqu’on lui rappelle que c’est un ancien syndicaliste, fils de syndicaliste, qui parle, il rétorque que «le syndicat est contre ça. L’Union régionale de l’UGTT de Gafsa dit qu’il n’est pas raisonnable de payer des gens qui ne travaillent pas». Et lorsqu’on lui rappelle, aussi, qu’on n’a pas encore vu de communiqué de l’UGTT condamnant cette pratique, Khaled Kaddour corrige que «ce que demande l’Union régionale, c’est de rendre effectives les sociétés de l’environnement» au titre desquelles ces employés sont payés et de leur trouver un emploi réel, ce qui s’est révélé, force est de le constater, impossible à faire.

  • 113 plaintes, non jugées, pour obstruction au travail

De tout cela, Khaled Kaddour est conscient, comme il est conscient que tous ces salaires sont payés, alors que la production de phosphate ne cesse de diminuer. Selon l’INS, la valeur ajoutée du secteur des mines a enregistré une régression de 15,9 % durant 2017. En janvier 2018, le volume d’exportation du même secteur a baissé de 20,8 % par rapport à janvier 2017, mois pendant lequel les exportations phosphatières ont régressé de 25,4 % par rapport au mois de janvier 2016. Une prise de conscience qui a poussé «la CPG à introduire 113 plaintes auprès de la justice en 2017, pour motif d’obstruction au travail». Aucune de ces 113 plaintes n’a été jugée. Une situation face à laquelle le ministre de l’Energie et des mines ne peut qu’être désolé et de répéter à qui voudrait bien l’entendre que «cela ne peut plus continuer. Il n’est plus permis d’arrêter le travail, quelles qu’en soient les raisons». Et Khaled Kaddour d’essayer de raisonner les responsables, en leur demandant, en guise d’appel de détresse, «depuis 7 ans que vous arrêtez le travail et perturbez la production. Avez-vous pour autant trouvé à travailler ? Non. Et si vous continuez à le faire, vous n’allez pas non plus travailler [Ndlr : dans la compagnie]. Comment pourrions-nous attirer d’autres investissements, tant de l’Etat que des privés ? Dans cette conjoncture, nul n’investira».

  • Des projets préparés et financés par l’Etat, pour essayer de résoudre la crise, avec l’application de la loi en dernier ressort

Pour l’instant, la situation est dans une phase de discussion, dira le ministre, en constatant que l’arrêt de la production, plutôt que de permettre la création de nouveaux emplois, a fortement impacté les travailleurs de la compagnie, la région et l’économie nationale. «Ce que je pense, c’est qu’il nous faut changer le schéma de développement de la région, avec l’Etat qui est prêt à encourager l’investissement privé et l’initiative privée en matière de petits projets avec une prise en charge de l’autofinancement de ce genre de projets pour les jeunes de la région». Et après avoir constaté que les jeunes de la région ne se décident toujours pas à franchir le pas de l’initiative, le ministre tunisien de l’Energie et des mines, Khaled Kaddour, franchit lui-même un nouveau pas. Il offre un accompagnement ciblé, par Délégation et par quartier. «Il nous faut trouver des experts dans l’accompagnement de ces jeunes, qui les aident à identifier les projets, les y préparent, les accompagnent dans toutes les démarches de création de ces petits projets, et les financements sont garantis». Faute de solution pour mettre fin aux arrêts du travail dans le secteur des mines, Khaled Kaddour est ainsi en train de trouver des projets, ficelés et prêts à l’emploi, avec un financement garanti par l’Etat. Le ministre finira par nous indiquer qu’une «équipe ministérielle étudie actuellement les meilleurs moyens de faire, en définitive, respecter la loi. Nous devons y arriver. C’est inévitable, car il faut appliquer la loi pour tous ceux qui bafouent l’invulnérabilité l’entreprise et les décisions seront prises, après avis du chef du gouvernement», dit le ministre de l’Energie et des mines à Africanmanager, dans un sursaut de sévérité, à l’égard des fauteurs de troubles.

1 COMMENTAIRE

  1. Malheureusement, le Gouvernement Tunisien n’a jamais maîtrisé la question des phosphates et la région de Gafsa et des sociétés d’extraction d’une manière générale :
    – Pourquoi l’Etat insiste à garder tous les sièges sociaux des sociétés à Tunis (Siège social de fait pour la CPG/GCT, SOTEMU, SOTACIP, SNCPA, SERGAZ, ETAP…) pour des sociétés dont les sites de production sont loin de la capitale ?
    – Pour quelle raison la CPG n’a assuré aucune responsabilité sociétale pendant plus d’un demi-siècle ?
    – Pourquoi l’Etat n’a pas opérationnaliser les Société d’environnement depuis 2009 : aucune pépinière, aucune activité de reboisement, aucune activité de collecte et/ou de recyclage ?
    – Pourquoi l’Etat n’a pas équipé les 12.000 salariés de ces sociétés ?
    – Pourquoi l’Etat n’a pas fixé un deadline pour le redoublement du chemin de fer Gafsa-Sfax ?
    – Pourquoi l’Etat ne fixe pas un deadline pour mettre fin au transport des phosphates par camion ?
    – Pourquoi la SNCFT met les trains les plus délabrés sur la ligne Tunis-Tozeur ?
    – Pourquoi la CPG continue à pomper de la nappe phréatique et ne programme pas une station de dessalement ?
    – Pour quelle raison la CPG a continué le paiement de primes de rendement et des heures supplémentaires après 2011 ?
    – Pourquoi les autoroutes, les routes nationales, chemins de fer, ports, aéroports et gares n’ont pas été déclarés zones stratégiques sensibles pour éviter leurs blocages tel le cas du site el Kamour?
    – Pourquoi Gafsa reste le seul gouvernorat sans point de passage frontalier avec l’Algérie alors que Tozeur et Kasserine ont chacun deux points de passage ?
    – Pourquoi les responsables tunisiens ne parlent de l’intérêt du pays, de la qualité du produit ou du service et de la propreté de la ville que si cela est lié avec l’export et/ou le tourisme ?

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