3 ministres pour une drôle de visite et une promesse impossible

3 ministres pour une drôle de visite et une promesse impossible

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Le jeudi 7 mars 2019 était une journée historique, et atypique, dans la ville de Ben Guerdane : un renfort sécuritaire hors normes, des routes bloquées par les policiers, des magasins fermés… Bref, une sécurisation maximale des lieux. L’assaut des djihadistes il y a quelques années est encore dans toutes les têtes…

L’événement, c’était la visite de trois ministres, ceux de la Défense, Abdelkarim Zbidi, du Commerce, Omar Behi, et de l’Equipement, Nouredine Selmi, pour diverses raisons : commémorer le 3ème anniversaire de l’attaque du 6 mars 2016 menée par Daech – qui avait fait 13 victimes militaires et 7 civiles ainsi qu’une cinquantaine du côté des terroristes -, inaugurer le lancement des travaux d’une zone franche de commerce international et inaugurer une clinique privée.

Le trio ministériel a donc entamé sa visite par le cimetière où les familles des martyrs les attendaient depuis deux heures au moins, d’après ce qu’ils ont déclaré. La visite a duré le temps de mettre un bouquet de fleurs sur la pierre tombale des martyrs, tout cela devant des citoyens locaux plus interpelés par la démonstration de force des militaires que par la descente des ministres.

Ensuite, les ministres du Commerce et de l’Equipement se sont dirigés vers une zone désertique où il y a avait deux drapeaux tunisiens et une pierre inaugurale; le lieu est supposé être la future zone franche dont les exécutants n’ont pas encore été désignés. Les ministres ont “baptisé” la pierre inaugurale, puis Omar Behi a pris la parole, pour la présentation du projet, qui avait été distribuée  aux journalistes 20 minutes en avance.

Le projet est supposé, selon le ministre, intégrer les commerçants informels de la région dans le cycle économique formel tout en sachant que le commerce de carburants, de cigarettes et de devises n’est pas concerné. On se demande alors à quoi servira ce projet. Peut-on parler d’un combat contre le marché informel sans évoquer et intégrer ces trois produits ? La réponse est non, ce projet qui coutera plus de 32 millions de dinars aux contribuables ne servira pas à grand chose tant que les trafiquants de carburants, de cigarettes et de devises ne lâcheront pas leurs sources de revenus pour faire autre chose, dans la légalité, quitte même à tenir des boutiques de souvenirs.

Omar Behi a ajouté que le Tunisien pourrait également dépenser entre 10 et 20% de son allocation touristique dans cette zone. Imaginez un Tunisois ou un Bizertin qui se déplace à Ben Guerdane pour dépenser entre 170 et 300 euros, c’est un peu rude à concevoir. Mais pour le ministre du Commerce ça s’appelle le Développement du secteur, il a d’ailleurs insisté sur le fait que Dubaï était une zone désertique dans les années 60 et que Ben Guerdane a le potentiel pour avoir la même mutation.

Le trio ministériel s’est ensuite dirigé vers le centre ville de Ben Guerdane, pour inaugurer une clinique privée qui avait déjà commencé ses activités. Pourquoi ? Quel est l’intérêt de la clinique, de la venue des ministres ? Qu’est-ce que la ville de Ben Guerdane a gagné dans cette visite ?

Il est certain qu’on est face à un projet qui manque de vision et de moyens. Enfin un rappel pour ceux qui ne le savent pas : la ville de Ben Guerdane a son propre système financier, sa propre “banque centrale”, son propre système de distribution de carburants et d’autres produits de consommation. C’est une ville où les autorités sécuritaires ne semblent pas choquées outre mesure par le business très visible des trafiquants, devant le silence et l’impuissance des autorités centrales depuis des années. Ainsi va Ben Guerdane… ou ne va pas.

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