Du gros piège de Nidaa au monde dangereux de Sami Fehri

Du gros piège de Nidaa au monde dangereux de Sami Fehri

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L’année 2018 finit comme elle a commencé : Du bruit autour du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Son programme ou absence de programme, ses échecs ou ses réussites, ses intentions ou plutôt les nombreuses qu’on lui prête, son avenir politique et son destin personnel, etc. Bref, il y a à boire et à manger. Pour ce qui est de la situation économique du pays, qu’on va inéluctablement coller à Chahed, le tableau n’est pas brillant, les perspectives ne le sont guère plus, à en croire les sombres prédictions de l’expert Azzedine Saïdane sur la RTCI ce week-end. Par contre pour ce qui est de la situation politique, Chahed a, indéniablement, la main. Quant à son ex-parti, Nidaa Tounes, il finit l’année sur les genoux; et pour 2019 ça sent le sapin et le roussi en même temps. D’où cette tentative désespérée de récupérer Chahed. Mais l’affaire a été tellement mal dégoupillée et la ficelle du piège tellement grosse que le chef du gouvernement l’a flairé à mille kilomètres, et n’a donc pas mordu à l’hameçon. La tragédie des nidaïstes, du moins ce qui en reste, continuera pour 2019. Pour ce qui est du destin personnel du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, le fondateur du parti, il tente de reprendre la main à travers son initiative de rabibocher Chahed et Noureddine Tabboubi, le secrétaire général de l’UGTT, pour éviter au pays une deuxième grève générale qui ferait le plus mauvais des effets aux investisseurs, sans parler des dégâts pour l’économie nationale. Mais rien de ce qu’il fera ne pourra le requinquer politiquement depuis que son invention, le Pacte de Carthage, a explosé en plein vol, par la faute de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, obsédé par la chute du gouvernement. BCE aurait été plus avisé de recoller les morceaux entre Chahed et son parti, car ça aussi ça pèse sur le destin de la nation.

De la déconfiture, encore et encore

Nidaa Tounes s’est, enfin, réveillé et s’est rendu compte de la capacité de nuisance du chef du gouvernement aux prochaines élections. Alors une invitation a été lancée en direction de Chahed, pour qu’il rentre au bercail. Mais le geste est arrivé très tard, trop tard. Et que dire de la forme et du fond de ce message censé ramener Chahed à de meilleurs sentiments. D’abord le choix de la personne chargée de lui tendre la perche : le responsable de la communication du parti, Mongi Harbaoui, l’un des snipers de Nidaa qui n’a jamais raté une occasion de flinguer le locataire de la Kasbah. Il y a avait certainement d’autres personnalités plus indiquées que ce franc-tireur pour tenter de dialoguer avec le “fils de Nidaa Tounes“.

Je passe sur le contenu de la main tendue en direction de Chahed, une seule ligne, à peine, le strict minimum syndical. Trop peu pour être crédible, et d’ailleurs Chahed n’y a toujours pas répondu presque une semaine après. C’est vous dire ! Viennent après les accusations, terribles : «les partisans de Youssef Chahed et ceux gravitant autour, notamment la Coalition nationale” sont accusés “de tentative de hold-up sur Nidaâ»;  il y a aussi le «narcissisme» du chef du gouvernement et son «arrogance à outrance». Ensuite la vantardise, que les faits ne justifient pas, et encore moins les perspectives du Congrès électif, lequel manifestement ne résoudra aucun des problèmes existentiels de Nidaa, un «dur à cuire». Un compte pour enfants que nous sert là Harbaoui, tant les problèmes du parti sont criants et connus de tous, parce qu’étalés sur la place publique.  Pour un expert de la communication – c’est pour ça qu’on l’a choisi, non ?-, on était en droit d’attendre autre chose que ce chapelet d’accusations et invectives hyper maladroites qui ne font que rajouter un peu plus d’huile sur le feu. Harboui a-t-il été mandaté pour débiter tout cela ? L’a-t-il sorti de sa tête, de son propre chef ? Ses mots ont-il dépassé sa pensée ? Mystère. En tout cas une chose est sûre : Se taire aurait sans doute été plus avisé que de pondre une telle calamité communicationnelle, une soupe indigeste où on tente en même temps de rattraper le retard incompréhensible pour répondre à l’offensive télévisée de Chahed et se réconcilier avec lui. Un sacré mélange des genres !

Ennahdha, quoi qu’on puisse dire d’elle, s’abstient au moins de commettre de telles boulettes, et en tire des bénéfices. Les islamistes certes ne sont pas au meilleur de leur forme, suite aux déflagrations de l’affaire de l’organisation secrète et la violente charge de l’ancien Ambassadeur des USA à Tunis. Mais Rached Ghannouchi et compagnie finissent l’année dans la même embarcation que Chahed, sans soute leur meilleur pari en ce moment pour retravailler une image sérieusement écornée.

Ça va être gai en 2019 !

Ce que sera le pays l’an prochain, et au-delà, des députés absentéistes et flemmards, et l’expression est faible, y travaillent. Il y aussi le travail de sape, hyper dangereux, que fait Sami Fehri, qui déroule comme il veut avec sa chaine, El Hiwar Ettounsi, plus faiseuse d’opinion que tous les discours de nos dirigeants ou que les leçons des parents en direction d’une jeunesse désorientée, déboussolée, perdue, ivre de cette liberté qui nous est tous tombée sur la tête le 14 janvier 2011. On a vu débouler sur le plateau de Fehri, samedi 29 décembre 2018, le rapeur Samara, qui sort à peine de prison. Le jeune homme avait été coincé par la police avec de la drogue. L’affaire aurait pu être un simple fait divers si le rapeur n’était pas archi connu et s’il n’avait n’avait pas été célébré sur le plateau comme un véritable héros, alors qu’il a été chopé avec de la cocaïne, tout de même ! Et l’ex-prisonnier de s’épancher sur son aventure, son arrestation rocambolesque sur l’autoroute et un récit palpitant qui finit par faire des policiers d’affreux méchants et Samara le héros incompris, injustement interpelé. Tout cela devant un Sami Fehri éberlué et un brin admiratif du rapeur, et face à des jeunes qui applaudissaient je ne sais quel exploit. A aucun moment on n’a entendu l’animateur-producteur-propriétaire lancer une réflexion sur le fait que le jeune homme avait commis un délit, que la drogue c’était mal et que ça détruit, que ça bousille nos enfants et l’avenir de la nation. Rien. En lieu et place on a vu la maman du rapeur rafler un billet pour aller à la “omra“, pour la récompenser de je ne sais quoi. Que fait la HAICA ? Suis-je le seul à remarquer que quelque chose ne tourne pas rond chez Fehri et qu’il va plus loin que les sociétés occidentales les plus libres ? Vous imaginez le même tableau chez Michel Drucker, Laurent Ruquier ou Arthur ?

Une année âpre se profile, violente politiquement, rude économiquement et agitée socialement. Donc s’il y a des voeux qu’il faut formuler, c’est de nous souhaiter mutuellement du courage, de l’abnégation et surtout d’avoir les moyens de nous accrocher pour affronter les tempêtes.

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