AccueilLa UNE"On nous cache tout, on nous dit rien..." !

« On nous cache tout, on nous dit rien… » !

« On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien ». Nous n’avons pas trouvé mieux que ce célèbre refrain du non moins célèbre chanteur français Jacques Dutronc pour parler du flou artistique qui prévaut actuellement sur la scène politique tunisienne. On n’y voit rien, absolument rien, à quelques mois des élections. Même les sondages se contredisent. Et la photo entre le président de la République, Beji Caïd Essebsi et son ex-poulain (et peut-être futur, de nouveau !), le chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’illustre parfaitement. Voilà deux hommes qui se tiraient dans les pattes il y a encore quelques semaines et qui se faisaient une féroce guerre interposée, dans une bataille de tranchées animée par des collaborateurs chargés de faire de ce que les deux têtes de l’exécutif ne peuvent pas s’autoriser publiquement. Et que dire de l’attaque du 20 mars. Et au finish ils posent ensemble, avec des mines réjouies. Très déconcertant ! Bon, on pourra arguer que les circonstances – le Sommet arabe durant lequel une ribambelle de chefs d’Etats et dirigeants ont défilé à Tunis – exigent que les deux têtes de l’exécutif fassent au moins semblant d’accorder leurs violons, mais il y a une autre raison objective qui explique cette détente apparente : Entre temps BCE a eu la confirmation que son ex-protégé lui dégagera la voie, et même l’appuiera, pour avoir un second mandat.

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C’était écrit !

Le Sommet arabe de Tunis, c’était celui du chef de l’Etat, il était vraiment dans son élément, il y en avait que pour lui. Le chef du gouvernement, pour le coup, a été confiné dans un rôle de figuration, sagement assis derrière BCE. C’est normal somme toute, on était dans le jardin de ce dernier, le théâtre de la diplomatie, des incantations, des voeux pieux, des prières, sur la Palestine, parfois contre Israël, pour un monde arabe plus solidaire, pour une planète meilleure… Bref, rien qui soit dans les attributions du chef du gouvernement. Mais le BCE qu’on a vu c’est aussi le candidat de Nidaa Tounes à la présidentielle, confirmé en même temps que le Sommet par son fils, le vrai patron du parti – hélas diraient certains -, Hafedh Caïd Essebsi. Bon, BCE candidat de son parti ce n’était un secret pour personne, la seule petite inconnue c’est s’il a vraiment envie de rempiler et surtout à quel moment il l’officialisera. Mais à voir le mal qu’il se donne pour faire le vide autour de lui, jusqu’à dénier à son adversaire le droit de désigner un candidat, il y a très peu de doutes sur son envie d’en découdre encore en 2019.

Chahed, depuis le début, s’est engagé à se ranger derrière le chef de l’Etat s’il décidait de briguer un second mandat, et il l’a redit dernièrement. On peut croire qu’il ne se dédira pas et qu’il tiendra parole. Pour la bonne et simple qu’il ne pourra pas se renier dans quelques mois, trop risqué politiquement. Les trahisons ça paye rarement en politique. L’ancien Premier ministre français Edouard Balludur, enhardi par les excellents sondages, s’était mis en tête de trahir son mentor, Jacques Chirac. Au final sa cote de popularité se dégonfla comme une baudruche et il n’accéda même pas au deuxième tour de la présidentielle de 1995, et c’est Chirac qui fut élu. Nicolas Sarkozy lui aussi piétina Chirac pour passer, il passa en 2007 mais n’eut pas droit à un deuxième mandat présidentiel. L’autre raison, peut-être la meilleure, pour laquelle Chahed ne veut pas du fauteuil de BCE c’est que se contenter d' »inaugurer les chrysanthèmes« , nommer les ambassadeurs et les cadres de l’Armée, se balader aux quatre coins du globe au nom de son pays, c’est trop peu pour quelqu’un, très jeune qui plus est, qui a goûté à l’adrénaline et à l’excitation de la Kasbah.

Allez, un peu de politique-fiction

Pour que le job de chef de l’Etat soit vraiment intéressant pour Chahed, il faudrait qu’il ait plus de pouvoir, un projet qui trotte justement dans la tête de l’actuel président, et ce n’est certainement pas pour céder sa place de suite à quelqu’un d’autre avant d’avoir goutté un peu de la puissance de Habib Bourguiba ! Chahed pourrait aussi, s’il gagnait la présidentielle de cette année, proposer à ses électeurs un référendum pour renforcer son assise et élargir son costard constitutionnel. Mais pour cela il faudrait qu’il ait un bilan assez étoffé et probant pour que les citoyens acceptent de lui confier toutes les clés de la maison, ou presque. Cependant c’est pas gagné pour ce qui est du bilan. Et puis il y a l’obstacle BCE…

Le chef du gouvernement pourrait aussi, si son ex-mentor décide de se cramponner à Carthage, choisir la voie moins risquée des élections législatives, tenter de gagner ce scrutin et se bâtir une majorité au Parlement pour se préparer plus de prérogatives présidentielles, après BCE. Mais il faudra que sa majorité soit assez large pour ne pas être stoppé net par Ennahdha, qui est comme un poisson dans l’eau dans ce système qu’elle s’est bâti et profite de tous les attributs du pouvoir sans ses inconvénients, et qui ne bougera sur la question du changement du régime pour rien au monde. Bref, pour faire ce que Recep Tayyip Erdogan a réussi à faire (changer le modèle démocratique en s’octroyant des pouvoirs jugés démesurés par beaucoup), il faudrait que Chahed soit très costaud politiquement. Mais au rythme où vont les choses, à en croire les sondages, les meilleurs comme les mauvais, c’est mal parti. Jusqu’à ce qu’il nous apporte la preuve du contraire, Chahed n’est pas Erdogan, et la Tunisie c’est pas la Turquie !

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