Ce qu’il faut retenir des 15 minutes d’un Chahed mi-Kasbah mi-Tahia

Ce qu’il faut retenir des 15 minutes d’un Chahed mi-Kasbah mi-Tahia

par -

Il y a quelques semaines, nous écrivions que Youssef Chahed vivait un dilemme, qui l’empêcherait presque de bien dormir (bien qu’il y ait assez de problèmes, de crises et de crisettes en Tunisie pour qu’il ne dorme pas du tout même).

Hier soir, à une heure d’écoute de choix, juste avant le programme le plus vu de la Wataniya 1 qu’est le Journal de 20 heures, Youssef Chahed semblait avoir à moitié résolu son dilemme du «to Be or not to BE» à la tête du parti dit du gouvernement, Tahia Tounes.

Ses services de communication avaient auparavant donné l’alerte, distillant les raisons de cette intervention télévisée du chef du gouvernement, un temps pour «donner la feuille de route des six prochains mois» et un autre pour «annoncer une nouvelle initiative».

Beaucoup avaient espéré que Chahed jette enfin l’éponge, des suites de toutes les pressions par tous les moyens, vrais, faux, politiquement corrects ou immoraux. D’autres avaient craint qu’il ne quitte la barre, un peu trop tôt pour s’assurer de remporter les prochaines bagarres. D’autres encore attendaient qu’il se consacre enfin à son parti Tahia Tounes et sorte de La Kasbah, tant qu’il y a dans son bilan quelque chose de positif dont l’image du parti pourrait tirer profit en guise de faire-part pour les cérémonies électorales d’octobre de novembre 2019.

  • Dilemme éthique à moitié résolu et discours à valeur de programme électoral

Lui, depuis son 2ème bureau de «Dar Dhiafa» comme pour signifier une distance avec le lieu de pouvoir qu’est La Kasbah, il jette d’entrée un bref «Salam alikoum» et entame un discours électoral par excellence. Un discours cependant fait au titre de chef de gouvernement. Un choix dont ses proches semblaient connaître d’avance la vraie finalité et dont ils assument, sans le dire, les risques quant aux critiques acerbes qu’il allait soulever chez l’opposition, toutes tendances confondues.

Sans se résigner encore à faire son «coming-out» politique, Youssef Chahed semblait avoir déjà résolu en partie son dilemme éthique. Il ne divorce pas encore de La Kasbah, il se rapproche simplement un peu plus de sa compagne Tahia Tounes. Il ne le cite pas dans ce discours, il parle seulement comme s’il en était déjà le candidat. Youssef Chahed préfèrerait ainsi faire le grand écart. Situation indéniablement inconfortable, où il reste perdant à tous les coups.

Rester à La Kasbah, son bilan déjà souffrant de beaucoup de critiques, parfois loin d’être infondées, est toujours mal interprétée par une population aux abois ; c’est aussi rester à la merci d’un quelconque évènement néfaste.

Partir chez Tahia Tounes, il perd le contact avec la realpolitik, perd ses moyens et serait dans un parti parmi plus de 260 autres. Cela, d’autant plus que la visibilité de son parti, pauvre en matière de stratégie de communication, reste étroitement liée à celle de son statut de chef du gouvernement où le moindre mal qu’on lui ferait deviendrait un bien.

Offensif d’emblée dans son discours du 17 avril 2019, le chef du gouvernement commence par évoquer sa dernière mésaventure du 4 avril à l’ARP, lorsqu’il y était allé pour parler de la crise du secteur de la santé, et qu’il expliquait par les revendications excessives des syndicats et des patronats qu’il accuse de faire du chantage et par les campagnes pré-électorales. Et de suite, il assure son refus de se soumettre aux pressions d’un Push-Out aux raisons électorales. «Tout cela ne doit pas arrêter le pays, car le gouvernement s’attèlera au cours des 6 prochains mois, en plus de réussir les élections, à réaliser notre feuille de route», a-t-il dit, en guise de passerelle pour parler de son programme, électoral sans le dire, et qu’il appellera «les priorités du pays qui touchent le quotidien des citoyens».

  • Un Roadmap, ou un «Road-trip» ?

Son programme électoral, il l’a inscrit sans le dire, dans la continuité de ce qu’il avait déjà entrepris depuis 2016, sans grosses annonces supplémentaires ni détails, sans oublier de rappeler ses «réussites» en premier. Des réussites que beaucoup lui déniaient depuis des mois et pour qui il ne s’était pas privé de rappeler les faits avérés, en martelant «notre vision de la politique est l’action»

D’abord les prix et il parlera des campagnes de lutte contre la spéculation. Ensuite les examens, toujours sous la menace d’enseignants jamais contents. Mais encore la prochaine saison touristique, sans y oublier les TRE.

Il ne se privera pas de rappeler la réussite de son gouvernement (Touchons du bois) en matière de sécurité. Parmi ses priorités en roadmap, l’amélioration de l’environnement de l’investissement [Clin d’œil aux patrons] par une loi à voter, oubliant que l’ARP lui bloque depuis 2 ans l’autre loi sur l’urgence économique. Il promet que «beaucoup de projets d’infrastructure démarreront au cours des 6 prochains mois», préférant oublier que pendant la prochaine période estivale, tout le pays, administration et entreprises incluses, se détourne généralement du travail vers les fêtes (Aïd El Fitr et Aïd du mouton) et les plages. Le tout, sans oublier que dès le retour des vacances, tout le monde n’aura d’yeux que pour les législatives.

Le RFR marche à pas de tortue, le port d’Enfidha rame encore dans les marées de l’administration et le plan solaire a à peine reçu ses premières autorisations. Chahed se voulait certainement, comme tous les politiciens lorsqu’ils promettent, optimiste. Un peu plus concret, il évoque El Amen social et Ahmini, pour le volet social de son programme. Il promet deux prochains dialogues interactifs, sur l’agriculture et le transport. En aura-t-il le temps si son parti engageait sa campagne électorale et aura-t-il la tête à ça, sans risque de se voir accuser encore d’utiliser les moyens de l’Etat pour sa propre campagne ?

En somme, une feuille de route ou «Roadmap» où les promesses presqu’impossibles à concrétiser en si peu de temps (6 mois) risqueraient d’en faire un simple «road-tip».

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire