Des ombres au tableau, un terrain miné, plus que Nidaa en 2014

Des ombres au tableau, un terrain miné, plus que Nidaa en 2014

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La fête fut belle, pas une tête qui dépasse, aucun couac, en tout cas pas publiquement; aucune fausse note dans les médias ou ailleurs depuis le Congrès électif de Tahya Tounes. Personne n’en a dit du mal depuis près d’une semaine. C’est incroyablement long, une éternité même dans ce pays qui bouillonne et où il ne se passe pas un jour sans qu’on tombe à bras raccourcis sur quelqu’un, sur quelque chose, sur n’importe quoi ! Incontestablement le démarrage du parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, est une réussite. Vous me direz aussi que dans cette médiocrité politique ambiante, il suffit juste d’éviter les erreurs et errements de Nidaa Tounes et de calquer la légendaire discipline d’Ennahdha pour que le curseur soit mis au bon endroit. C’est le cas, pour le moment, avec Slim Azzabi comme chef d’orchestre. L’homme avait des ambitions, et n’a pas quitté le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE) et fait toutes ces réunions avec les députés de la Coalition nationale pour jouer les seconds couteaux. Il voulait être servi, c’est son droit, ses partisans lui ont donné ce qu’il voulait en en faisant leur chef de file, en attendant Chahed. Donc “tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes”. Enfin, pour l’instant, car des ombres au tableau il y en a.

Le problème Chahed

Le chef du gouvernement a choisi de demeurer à la Kasbah pour maquiller le plus possible son bilan, qui pèsera lourd, ou pas, face aux électeurs. Pour le moment cette stratégie est loin d’être payante, à en croire la descente aux enfers de sa cote de popularité. Les intentions de vote à l’élection présidentielle, le concernant, suivent la même tendance;  et c’est pire pour les législatives, d’après les dernières enquêtes. Chahed, puisqu’il a décidé de rester à la Kasbah le plus longtemps possible, devra trinquer, pour ce qu’il fait ou ne fait pas mais aussi pour tous les ratés des autres depuis la dite Révolution. Il peut revendiquer et même s’arroger le bon, mais aussi et surtout le moins bon. C’est injuste mais c’est ainsi. Ce sont les règles du jeu, et Chahed les a acceptées quand il s’est installé à la Kasbah, et encore plus quand il a commencé à nourrir des ambitions politiques…

BCE était beaucoup mieux loti en 2013, quand il a monté Nidaa Tounes. Certes il n’a jamais joué dans la même catégorie que Chahed et a beaucoup mois fait que lui; Essebsi avait la charge du pays pour à peine quelques mois (27 février 2011-24 décembre 2011, 9 mois 27 jours exactement), avec pour mission de conduire la transition, et pas la montagne de réformes qu’a lancées Chahed. Et quand il est revenu solliciter les électeurs en 2014, ils se sont rappelés son bilan plutôt honorable, avec un pays qui avait des allures de paradis par rapport aux difficultés de maintenant que doit se coltiner Chahed. Le travail de BCE, même sommaire, lui a suffi pour faire la différence lors des premières vraies élections générales et libres de l’histoire de la Tunisie. L’actuel chef du gouvernement n’aura pas cette chance. Lui va rester au pouvoir plus de 3 ans (depuis le 27 août 2016), il aura donc un bilan épais et devra le défendre face à des électeurs qui ont la dent dure contre tout et tout le monde, beaucoup plus qu’en 2014.

Condamnés à s’entendre

Quand le président de la République a bâti Nidaa, le terrain politique était beaucoup plus dégagé et l’agenda beaucoup moins compliqué : Faire mieux que la Troïka. Ce qui était presque un jeu d’enfant, au vu des horreurs, à tous les niveaux, qu’avait commises Ennahdha et compagnie. Il suffisait juste de s’engager, la main sur le coeur, à faire le contraire de ce qu’avait fait le trio de l’époque pour emporter l’adhésion des citoyens. Alors BCE ne s’est pas fait prier, et ça a marché. Par ailleurs il était l’un des rares à revendiquer le label progressiste, et c’est ce discours que les Tunisiens, surtout la gente féminine, voulaient entendre à ce moment précise après les inquiétantes dérives de la Troïka, que le pays n’a toujours pas soldées d’ailleurs. Chahed par contre a affaire à une rude concurrence, une myriade de 217 partis politiques; quant au label progressiste il n’est plus opérant puisqu’ils sont une pléthore à le brandir. Alors le chef du gouvernement devra inventer autre chose…

Nidaa Tounes va mal, très mal, le parti est même en lambeaux, mais il n’est pas mort. On ne sait pas ce qui en restera mais il en restera quelque chose à coup sûr, et ces vestiges reviendront. C’est un problème supplémentaire que devra gérer Tahya Tounes. Avec cette défiance populaire qui monte et l’abstention que tous les sondages prédisent forte, c’est le pire des scénarios que devra affronter Chahed. Manifestement il devra faire le deuil de la majorité parlementaire forte dont il rêvait et devra se résoudre à partager ce qu’il y aura, un très maigre paquet prédit-on, avec Nidaa et les autres, voire bâtir une coalition avec eux, si Azzabi achève son oeuvre dans ce sens. Chahed devra peut-être même faire ce que certains de ses partisans, notamment Leila Chettaoui, ont beaucoup reproché à Nidaa Tounes, au point de le quitter : Pactiser avec les islamistes et gouverner avec eux. Leila Chettaoui, une théoricienne de la première heure de Tahya Tounes mais qu’on ne voit et n’entend plus, très étrangement…

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