Ils se battent pour un cadeau empoisonné !

Ils se battent pour un cadeau empoisonné !

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Les automobilistes se sont réveillés ce vendredi 14 décembre 2019 avec ce terrible constat : Pas une goutte de carburant dans les stations-service, ce qui a provoqué une pagaille et un embouteillage monstres devant les rares qui en ont encore. C’est le résultat de la grève décidée la veille par les transports de carburant, sans aucun préavis. Il faut dire aussi que comme à leur habitude, les conducteurs ont brillé par leur incivisme insupportable en siphonnant plus que de raison les quantités encore disponibles hier. Voilà, dommages collatéraux d’une grève sauvage, anarchique, illégale. Mais rassurez-vous, ils n’auront pas à en payer les conséquences. Après tout nous sommes dans un pays où un “notable” comme Borhene Bsaies peut sortir de prison 2 petits mois après une incarcération censée durer 2 ans, grâce à son “pote”, le chef de l’Etat, fondateur du parti dont Bsaies est le responsable des affaires politiques. Après tout nous sommes dans un pays où Lassaad Yacoubi et sa bande peuvent s’autoriser à prendre en otage nos enfants, l’avenir de cette nation, et ce le plus tranquillement du monde et en nous narguant sur les plateaux télé et radio, face à un ministre qui n’ose même pas leur retrancher le moindre dinar pour manquement à leurs obligations. Après tout nous sommes dans un pays dont la centrale syndicale peut s’autoriser à prendre en otage toute une économie, avec en plus les félicitations – sarcastiques, mais tout de même ! – du chef du gouvernement pour une grève générale bien tenue. Etc. Etc. C’est ce pays que les écuries politiques convoitent, au point de s’étriper avant même qu’on connaisse la date des élections. Mais, et ça je le dis surtout pour ces Messieurs qui se battent : D’autres mauvaises surprises attendent au tournant.

On a intérêt à écouter Fitch !

La Tunisie, lentement mais sûrement, commence à avoir une réputation de pays irréformable et ses habitants, pourtant à peine 11,53 millions, une réputation de citoyens ingouvernables. C’est très embêtant ça, surtout pour une nation qui dépend tant de l’aide extérieure et dont le dirigeant parcourt en ce moment même des milliers de kilomètres pour ramener quelques centaines de millions, une goutte d’eau dans l’océan des besoins du berceau du printemps arabe. Le pays a tellement mauvaise presse que l’agence de notation Fitch Ratings lui a certes maintenu son B+, sans doute par complaisance et pour ne pas décourager totalement les investisseurs, mais on lui a collé des perspectives “négatives“, avec un tas de reproches sur son économie et les réformes qui calent. Des remarques qui sont très mauvaises pour les investissements que la Tunisie lorgne ! Mais pour réformer encore faut-il que toutes les forces vives de la nation aillent dans la même direction. Comment faire quand la centrale syndicale la plus puissante du pays, l’UGTT, après ce qu’elle a considéré comme une défaite après la grève générale du 22 décembre 2018 – puisque Chahed n’a rien lâché, en termes d’augmentations salariales -, surfe sur la fronde anti-Loi de finances et s’apprête à bloquer le pays, le 17 janvier prochain ? Peut-on réformer dans cette agitation permanente, et mortifère pour le peu de choses qui fonctionnent encore ?

La déraison et ses ravages

C’est à se demander ce que ces Messieurs, et Dames, lui trouvent de “sexy” au point de s’empoigner autant pour en prendre les rênes. Chahed avait dit, il y a quelques mois, quand les clameurs sur ses ambitions avaient commencé à fuser, qu’il ne se mettrait pas sur la route de son mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), s’il décidait de briguer un autre mandat. Mais on ne le dira jamais assez : “Les promesses n’engagent que ceux qui y croient” dans le microcosme de la politique, comme le disaient Jacques Chirac et Charles Pasqua. Par ailleurs de l’eau a coulé sous les ponts depuis que Chahed a pris cet engagement de dégager la route pour BCE, et même de le soutenir. Les deux hommes, et leurs camps, sont maintenant à couteaux tirés, et la réconciliation n’est pas dans leurs petits papiers, pour le moment. Mais dans tous les cas Chahed doit savoir que s’il va à l’assaut du fauteuil du palais de Carthage en 2019, il y a des chances qu’il croise le fer avec un vieux briscard certes affaibli politiquement, mais qui reste très dangereux pour un jeune loup. L’exploitation très politique que le vieux lion fait de la grogne des avocats, jusqu’à se mettre en grande difficulté, démontre qu’il en a encore sous le pied. Maintenant si le projet secret de Chahed c’est de se contenter du palais de la Kasbah, là-bas il n’y aura que des coups à prendre, au regard du programme d’enfer que lui a concocté le FMI et des tensions sociales et politiques qui s’exacerbent exponentiellement. Bref, il faut être masochiste pour avoir encore un appétit pour le pouvoir en Tunisie, du moins ce qui en restera après que la défiance populaire croissante l’aura déchiqueté.

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