L’enquête qui requinque BCE et inquiète Chahed

L’enquête qui requinque BCE et inquiète Chahed

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On ne peut pas comprendre la véhémence des propos du président de la République, Béji Caïd Essebsi, mercredi 20 mars 2019, si on ne revient pas sur le dernier baromètre politique de Sigma Conseil. Dans cette enquête, qui reste ce qu’elle est (une photographie du moment et non un état de fait figé qui scelle l’issue des élections), le parti bâti par le chef de l’Etat, Nidaa Tounes, reste, tout de même, incroyablement haut pour les législatives en dépit de toutes ses promesses non tenues depuis 2014. Certes pour ce qui est des chances de BCE à la présidentielle, c’est pas brillant, toujours à en croire ce sondage, mais les jeux sont loin d’être faits quand on voit les mouvements qui s’opèrent actuellement sur la scène politique et qui vont monter crescendo à mesure qu’approche la joute électorale.

Ça ne mange pas de pain !

Face à un chef de gouvernement, Youssef Chahed, qui était manifestement dans ses petits souliers et qui faisait par moments la tête des mauvais jours, BCE s’en est donné à coeur joie. Devant un parterre de personnalités qui étaient obligées de l’écouter religieusement, ou tout au moins de faire semblant, le président de la République a attaqué sec avec les mauvais indicateurs de l’économie et tiré tous azimuts, sur la classe politique mais surtout sur Chahed. Des tirs qui ne mangent pas de pain, d’autant plus que celui qui les décoche n’a aucune responsabilité dans ce qui va de travers dans le pays, en vertu d’une Constitution qui le réduit à portion congrue, ce dont il s’est plaint d’ailleurs et veut corriger, mais aussi parce que le chef du gouvernement a remanié son équipe sans son consentement, ce dont aussi il s’est plaint à la face de Chahed. Faire cavalier seul, comme l’a fait ce dernier, c’est très bien quand ça marche et quand on peut en revendiquer tous les lauriers, mais on ne vous rate pas quand ça coince. Et justement ça coince en ce moment, donc ça ne pouvait pas rater : BCE en a copieusement profité pour malmener son ex-protégé.

Vendeur de rêve, sans plus ?

Cette Constitution qui ne donne pas assez de pouvoir au chef de l’Etat, qu’Ennahdha a faite à sa mesure et qu’elle refuse catégoriquement de changer, BCE rêve de la changer, dit-il. On ne voit pas comment il s’y prendrait (vu le timing, avec un éventuel référendum à quelques mois des élections ou le passage par l’ARP face à un parti majoritaire qui freine des quatre fers), mais l’affichage suffit pour le moment, amplement. La ficelle est là, très grosse, trop peut-être, sous nos yeux, et BCE ne pouvait pas la manquer : l’économie est en panne, et pourrait aller beaucoup mieux si le président de la République avait plus de pouvoir. Pourtant, objectivement, rien n’est moins sûr que cette promesse subliminale du chef de l’Etat, mais on le sait, quand ça va mal les vendeurs de rêve ont plus de chances de prospérer.

Ce que nous dit ce sondage

Un Nidaa Tounes à 20% des intentions de vote aux législatives face à Ennahdha créditée de 24,7%, cela signifie que les électeurs de gauche n’ont pas disparu comme par enchantement, cela veut dire que les anti-islamistes, ceux qui se sont mobilisés par dizaines de milliers en 2013, tous les jours, devant le Parlement du Bardo pour exiger que la Troïka décampe sont bien là, très attentifs. Seulement avec les errements et les reniements de Nidaa Tounes, surtout son compagnonnage avec Ennahdha, pas question de redonner un blanc-seing au parti du chef de l’Etat. Les militants attendent un certain nombre de garanties, et le Congrès électif des nidaïstes apportera la première salve de réponses, notamment avec les choix de personnalités qui seront faits pour piloter le parti. La mauvaise nouvelle pour Tahya Tounes, le parti de Chahed, d’après le même sondage, c’est qu’il n’a pas profité des déboires de Nidaa pour siphonner ses partisans et le mettre définitivement à terre…

Le chef du gouvernement paye sans doute son image un peu brouillée et les bruits selon lesquels lui et Ennahdha c’est un peu la même famille. Il paye aussi son choix de rester à la Kasbah le plus longtemps possible, pour maquiller son bilan dans la perspective de la campagne électorale mais aussi pour que personne ne puisse lui “voler” ses réalisations, toujours en cours. Le hic c’est que de la sorte il rate des mois précieux pour marquer de son empreinte son parti, le façonner mais surtout incarner une image et un leadership qui à eux seuls pèsent lourd sur la cote de popularité. Il se refuse pour le moment à être le chef de Tahya Tounes, mais il ne pourra pas retarder encore longtemps cette échéance. Les mauvais sondages le lui rappelleront…

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