Cette fois c’est du solide, avec 5 ténors africains, mais après ?

Cette fois c’est du solide, avec 5 ténors africains, mais après ?

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L’Afrique, on en parle beaucoup et de plus en plus en Tunisie. Il est unanimement admis, ou presque, que l’avenir du pays du jasmin se jouera aussi sur son continent, son prolongement naturel aux innombrables opportunités et ressources. Du côté de Tunis on l’a d’ailleurs très bien compris, ce qui explique que les autorités se soient empressées de parapher l’accord de la mise en place de la ZLEC (Zone de Libre-échange continentale). Mais il ne suffit pas de signer un document, aussi important soit-il, pour rompre avec des décennies d’immobilisme, de léthargie diplomatique et même de dédain pour un continent qui ne faisait les gros titres que pour ses guerres, ses maladies, ses présidents à vie, sa corruption endémique, son sous-développement chronique, sa misère persistante en dépit de ses immenses richesses, etc. Le fait que le Parlement tunisien traine les pieds pour ratifier l’accord de la ZLEC, en total décalage avec le gouvernement, est bien la preuve qu’il faudra du temps pour dégeler les mentalités. Faire le grand saut ne se déclame pas, ça se travaille ! Toutefois il y a, tout de même, quelques bonnes nouvelles, l’adhésion au méga marché du COMESA en est une, la dernière initiative du FONDS TASDIR+ et de TASTE TUNISIA en est une autre.

Le patronat tunisien, notamment TABC, piloté par Bassem Loukil, se plaint régulièrement de la mollesse des autorités tunisiennes sur le continent africain quand les Marocains filent à 300 km/h,  même les puissances étrangères s’y battent et les chefs de ces Etats n’hésitent pas à mouiller eux-mêmes la chemise (le président chinois Xi Jinping, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron…). En Tunisie aussi on se mobilise, avec les maigres moyens à disposition, mais tout de même. Une opération commune très intéressante est montée actuellement, par le FONDS TASDIR+ et TASTE TUNISIA, pour propulser la filière Agriculture-Agroalimentaire et les secteurs qui leur sont liés en Afrique. Mais là pour le coup la Tunisie a bien travaillé son affaire en ciblant 5 grands marchés sub-sahariens : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya et le Nigeria, annonce le CEPEX.

Des poids lourds, des vrais

Le Cameroun a certes de gros problèmes politiques en ce moment, et la rébellion des régions anglophones gronde avec son lot d’accrochages sanglants avec l’armée; mais c’est aussi un pays qui a du pétrole et un énorme potentiel agricole avec son climat exceptionnel. Ce gros producteur de cacao a aussi un gros souci de transformation de ses produits, l’industrie agroalimentaire tunisien a donc une belle carte à jouer.

La Côte d’Ivoire est également un morceau très intéressant. Ce poids lourd ouest-africain, dont le taux de croissance flirte régulièrement avec les 10% ces dernières années, offre moult possibilités aux opérateurs et industriels tunisiens. En effet la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et troisième pour le café, présente les mêmes tares structurelles que le Cameroun : Le manque criant de structures de transformation des produits agricoles. C’est une bataille que les autorités ivoiriennes, adossées sur la confortable trésorerie de l’Etat, ont déjà engagé et la Tunisie, en vertu de son offre très variée, y a toute sa place. C’est pas pour rien que le groupe Ben Yedder – les Cafés Bondin – a pris racine en Côte d’Ivoire depuis 2017 et entend y rester, y prospérer.

La RDC vaut le détour aussi. C’est un pays dont la stabilité politique est régulièrement mise à l’épreuve, mais des atouts il en a. Son sous-sol cache toutes sortes de richesses très peu ou très mal exploitées. Le nouveau président a de grandes ambitions, il aura sans grandes difficultés tous les financements dont il a besoin pour ses chantiers mais il lui faudra des alliés qui ont du savoir-faire pour exécuter les programmes. C’est ce qui explique l’appétit du groupe Loukil pour ce pays. Les autres groupes tunisiens ont intérêt à tirer sur le fil…

Enfin il y a le Kenya et le Nigeria, que la Tunisie a très peu prospectés économiquement mais ça va changer vu que le Kenya est un ténor du COMESA, que la Tunisie vient de rejoindre. Le Kenya a une solide croissance économique et ses startups se portent comme un charme. Là aussi la Tunisie a une grande marge de progression. Quant au Nigeria, il est certes la première puissance économique du continent, grâce à ses immenses ressources pétrolière mais c’est aussi l’un des pays d’Afrique les plus mal lotis pour l’industrialisation et les technologies. Vu que la Tunisie est membre observateur de la CEDEAO, à laquelle appartient le Nigeria, les deux nations ont beaucoup de choses à se dire et à faire. Cela dépendra surtout de la capacité des autorités tunisiennes à aller vite et bien pour transformer l’essai. Donc une affaire à suivre, de très près, car elle peut changer des tas de choses pour une Tunisie qui cherche un second souffle depuis le 14 janvier 2011.

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