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samedi 28 novembre 2020
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Chahed-Candidat : Zorro ou Don Quichotte ?

Lors du même passage avec un Lyes Gharbi, qui ne pouvait pas, peut-être à cause de la durée du programme, évoquer toutes les accusations dont fait l’objet son invité, le candidat Youssef Chahed a fait des promesses. Certaines pourraient être facilement réalisables, d’autres nettement moins. D’abord cette idée géniale d’enlever l’immunité à tous. Une sorte de consécration de l’égalité de tous devant la loi. Cela donnera, au moins, une ARP moins agitée, moins insultante, moins violente verbalement et qui discutera dans le calme de l’avenir du pays.

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Gageons pourtant qu’aucun des députés ne votera cette possible loi contre l’immunité parlementaire, même s’il commencerait par l’enlever à lui-même comme il s’était enlevé toute «allégeance à la France» après trois ans d’exercice. Une bataille contre l’immunité qui fera de Chahed le chevalier errant Don Quichotte qui partira en guerre contre des moulins à vent. Et les députés en auront à revendre pour contrer son projet de leur enlever le «gilet pare-balles» qu’ils convoitent tous pour régler leurs comptes devant les caméras TV !

C’est ensuite cet aveu que personne, dans les conditions actuelles des choses, ne pourra changer la constitution et moins encore le régime politique, fait en 2014 par des partis qui ne le laisseront pas changer pour ne pas disparaitre. Chaheddisait au début de sa réponse à la question de savoir pourquoi il se présente aux portes de Carthage : «Je ne brigue pas la présidence de la République, pour le simple poste. Mon objectif est de réformer le pays, avec un important bloc parlementaire, capable de gouverner». Quelques minutes après, il finit par avouer «je suis réaliste et je te dis qu’ils ne pourront pas l’amender et tous ceux qui le prônent ne sont pas sérieux». Changer la constitution restera donc un vœu pieu. Le chef de gouvernement qui n’est pas en exercice le sait et tout le monde le sait. Une promesse électorale donc en l’air, peut-être juste pour faire comme son ancien ministre de la Défense AbdelkerimZbidi.

On ne sait pas s’il avait enfin appris la leçon, de chez Feu BCE, qui avait tout fait, avec toujours l’art et parfois pas la bonne manière, pour réformer la constitution, sans y parvenir. On ne sait pas, non plus, s’il avait pris la leçon chez l’ARP où aucun bloc n’a été assez stable pour gouverner tout seul, où le tourisme est de rigueur et où les intérêts partisans et personnels ont toujours prévalu sur l’intérêt général. Son discours aurait été un peu plus réaliste s’il avait réellement appris ces leçons.

Lors de son dernier passage radiophonique, en tant que candidat aux présidentielles anticipées de 2019, Youssef Chahed avait aussi promis de :

  • Mettre en place la Cour constitutionnelle au bout des six premiers mois de son investiture. Il est vrai qu’il ne manque plus qu’un seul membre à trouver pour cette institution. La mission pourrait être âpre pourtant.Même BCE, en pleine politique de consensus avec Ennahdha, et avec son image de père de toute la nation, n’y était pas parvenu en un peu moins de cinq années d’exercice.
  • Sortir de la neutralité négative, dans le dossier libyen et adopter une politique étrangère plus proactive sur ce dossier. L’importance, sécuritaire et économique de la Libye, dans le présent et l’avenir de la Tunisie est une donnée incontestable. Il faut cependant rappeler que cette donnée doit tenir compte des jeux d’alliance où se trouve la Tunisie, premier partenaire économique et financier d’une Europe jusque-là rangée du côté de Sarraj. Les USA aussi, depuis un bon bout de temps installés en mini-base à Bizerte et dans l’OTAN où la Tunisie a un statut d’«allié majeur non-membre», sont également du côté de la «légalité internationale», c’est-à-dire de Sarraj.
  • Travailler sur une zone de libre-échange avec l’Algérie, pour faire du couple Algérie-Tunisie le moteur de l’instauration de l’UMA. Les pays du Maghreb sont loin d’être aussi unis que l’Europe, et la Tunisie et l’Algérie sont loin d’être des exemples de réussite économique pour devenir le couple qui puisse en être le moteur. De plus, parler de couple Tunisie-Algérie c’est se mettre automatiquement le Maroc sur le dos. La Tunisie a-t-elle besoin de ça ?
  • Egalité des salaires entre hommes et femmes par la voie d’une initiative législative. Un flirt avec la femme. Le candidat Chahed ne pouvait manifestement pas lui offrir, en promesse électorale, l’égalité successorale, il essaie donc de l’amadouer avec l’égalité des salaires qui est un chantier plus simple, car moins compliqué législativement.
  • Séparer la famille du pouvoir. C’est aussi difficile que de séparer l’Etat de la religion, d’autant que chacun des candidats a une famille. Il est vrai que les enfants de Chahed sont encore trop petits pour faire de la politique. Mais Chahed a aussi une famille alliée à Msaken. Ben Ali avait mis en place, au début de son 1er mandant, un dispositif téléphonique pour ses ministres leur permettant de «dénoncer» toute pression de ses familles en vue d’obtenir des privilèges. Ce dispositif finira par être détourné par tous ceux qui voulaient s’approcher de ces familles et leur rendre des services et en recevoir en retour d’ascenseur. Ben Ali avait aussi, même relativement, maîtrisé sa famille directe, mais pas celle de sa seconde femme.
  • La Steg, la Sonede, la santé, l’éducation et l’enseignement resteront publics. Il n’a pas dit ce qu’il ferait des autres, mais a dit au passage que l’Etat ne peut plus continuer à vendre du tabac (RNTA). l’Etat ne peut plus continuer à vendre l’essence (SNDP). Il n’a rien dit sur le transport (Tunisair, CNT, Transtu et autres). Il est vrai que ce sont des fiefs de l’UGTT.

Sinon beaucoup de politiciens en auraient voulu au journaliste de ne pas lui avoir posé des questions, comme celles relatives à ses liens avec Ennahdha, la question de l’officine secrète d’Ennahdha aussi, de l’issue des assassinats politiques et d’autres sujets satellite. Le tout démontre que les prochaines élections ne se feront pas sur les programmes, tant ceux-ci sont de moindre importance pour un candidat qui brigue un poste de peu d’importance économique et exécutive. Et quand bien même Chahed ou d’autres auraient proposé de doubler de production et de productivité, pour exporter plus, importer moins et s’endetter moins mais aussi d’arrêter les grèves et les Sit-In qui empêchent les autres de travailler, et d’autres propositions utiles du même genre, personne ne les auraient entendues. Médias et politiciens sont, dans cette campagne électorale somme toute illégale car intervenant avant sa période légale, sont plus dans la recherche des cadavres dans les placards, comme des «Berbachas» dans les poubelles, et dans une guerre électoraliste où tous les coups sont permis, surtout ceux en-dessous de la ceinture et les coups les plus sales, que dans la recherche de ce qui différentie un candidat par rapport à l’autre et qui permettrait à l’électeur de bien choisir l’un ou l’autre.

Ce qui nous semble être important à signaler à la fin de cette critique des propositions du candidat Chahed, c’est qu’à ce poste de président de la République, ni lui ni aucun autre des candidats ne pourra être le Zorro tant attendu et que, comme lui, tous ne pourront être que des Don Quichotte de Carthage.

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