Des stratégies que Machiavel ne renierait pas !

Des stratégies que Machiavel ne renierait pas !

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On a vu Ennahdha, à travers un communiqué émis le 20 juin 2019, parader suite à ce qui lui semblait être une victoire : Le vote des amendements de la loi électorale. Le mouvement a même congratulé pour cela les députés, qui auraient rendu je ne sais quel service à la jeune démocratie. Ennahdha a eu tort de s’exalter, car l’affaire est loin d’être pliée. Mis à part le long tunnel du combat constitutionnel, qu’un groupe de députés a déjà ouvert, il y a les retombées politiques, lesquelles sont porteuses de sacrés dégâts pour un pays déjà très instable socialement et politiquement. La Coalition nationale et Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’ont d’ailleurs bien compris et se sont bien gardés de claironner sur les toits le dit triomphe au Parlement. Le chef de l’Etat s’est engagé, à plusieurs reprises, à ne pas mettre des bâtons dans les roues du processus démocratique, et il l’a prouvé en s’écartant pour laisser passer le gouvernement qui lui avait été imposé par Chahed; il l’a prouvé également en évitant toute démarche pour changer le régime politique alors qu’il en a une très forte envie. Cette fois aussi il pourrait signer ce qu’on lui demande de signer, sans moufter, ou très peu, mais cela ne signifie pas la fin des ennuis…

Le ver est dans le fruit, et il est gros

Quoi qu’il en soit et quoi que fassent l’Instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des lois et le président de la République, le ver est dans le fruit et les problèmes sont devant nous, gros comme une montagne. Nabil Karoui, Abir Moussi et tous ceux que ces amendements pourraient écarter de la course électorale sont devenus des pépins depuis que les députés ont eu la mauvaise idée de laisser dormir ces textes dans leurs tiroirs, depuis janvier 2019. Faire le boulot à quelques mois des élections, dans un contexte où les sondages sont très bons pour les prétendants et très mauvais pour la majorité en place, peut difficilement passer pour autre chose qu’un artifice pour éliminer des candidats.

Le combat de Ghannouchi pour la survie

Jusqu’à la veille du fameux vote à l’ARP, Karoui, dans une enquête d’opinions, distançait largement ceux qu’il qualifie de tenants du système. C’est peut-être ce qui explique l’exaltation de Ennahdha, comme si elle avait écarté un gros danger qui plane sur les islamistes. Il est vrai que la fin tragique de Mohammed Morsi n’est pas de nature à rasséréner ses frères tunisiens et leur rappelle que pour eux il n’est jamais bon de perdre le pouvoir. Même si Rached Ghannouchi n’est pas Morsi et l’Egypte n’est pas la Tunisie. Le président d’Ennahdha sait très bien que les voix des partisans de Karoui n’iront pas à Ennahdha si le fondateur de Nessma TV est disqualifié, mais pour lui à ce stade ce qui compte c’est de neutraliser ces électeurs, de faire en sorte qu’ils sortent du jeu et qu’ils n’exécutent pas le vote sanction qu’ils brandissent. Ghannouchi se contenterait même d’un second rôle, d’une abstention forte, l’essentiel étant de rester dans le cercle décisionnaire…

Les calculs de Ayari et compagnie

Ceux qui s’agitent pour faire sauter ces amendements eux rêvent d’y rentrer, dans ce cercle décisionnaire. Ne nous leurrons pas, tout ce bruit s’explique pour certains par la défense des idéaux de la démocratie, certes mais la plupart sont mus par des enjeux beaucoup moins avouables. Pour Yassine Ayari et les autres, Karoui c’est la bonne carte pour bousculer l’ordre établi et exister enfin aux côtés de l’ogre Ennahdha et des autres, voire même les supplanter. Cette montée des candidats dits anti-système que personne n’a vu venir et qui terrorise les ténors en place est une chance pour ceux que ce régime parlementaire a laissé sur le côté. Et dans une logique de renvoi d’ascenseur qui est le lot de la politique, et pas uniquement en Tunisie, soutenir Karoui pourrait être payant.

Nidaa se tait, pour une bonne raison

Enfin à côté de la joie de Ghannouchi il y a l’étrange silence de Nidaa Tounes. Pas un mot depuis le vote de ces amendements, alors que Néji Jalloul avait clairement fait comprendre que Karoui était un des leurs, et même un des dirigeants du parti et qu‘il pourrait tout à fait être leur poulain pour la prochaine présidentielle. Vous me direz que les nidaïstes sont très préoccupés en ce moment par leur opération de réunification et qu’il y a très peu de place pour autre chose, mais ça n’explique pas tout. Il se peut aussi que Nidaa soit en train de se dire qu’il n’est peut-être pas très prudent de mettre tous ses oeufs dans le panier Karoui et qu’il faut se laisser une marge de manoeuvre pour pouvoir bifurquer vers un autre candidat. En attendant on temporise et on observe, le temps que la situation se décante et que l’affaire des amendements soit définitivement tranchée…

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