Une catastrophe pour Nidaa, mais également pour Tahia

Une catastrophe pour Nidaa, mais également pour Tahia

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Les militants attendaient autre chose que ce qu’on a vu et entendu au Congrès électif de Monastir et dans les coulisses, pour finir en apothéose dans la capitale avec cette étrange élection des membres du Bureau politique (BP). Passons sur le caractère pléthorique, obèse de ce dernier, pas moins de 32 membres – de bonnes migraines en perspective lors des délibérations ! -, il y a surtout l’art et la matière qui heurtent les moeurs dans les démocraties en bonne santé et portent un coup sévère à la morale publique. Ce n’est pas ça qu’avait promis la direction de Nidaa Tounes aux militants, ce n’est pas la rupture qu’ils attendaient après un chapelet de psychodrames qui ont saigné le parti et fait fuir un paquet de cadres et partisans. Les horreurs de Monastir ont été dénoncées par les militants et même un dirigeant du parti, cela a même fait l’objet d’une plainte, déposée au Comité central de Nidaa Tounes, pour invalider la désignation (et non ‘élection’, puisque cela s’est passé en petit comité, avec des petits arrangements entre amis) des membres du BP. Mais voilà, cette affaire a été gérée comme l’a été le choix des nouveaux leaders du parti : à la hache. Incontestablement, Nidaa a raté là un rendez-vous pour amorcer son renouveau et retrouver un peu de crédibilité. C’est une très mauvaise affaire pour le parti, mais aussi pour Tahia Tounes…

Marché de dupes et foire d’empoigne

En voyant les déboires dans lesquels se débat son ancien parti, on se dit que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a bien fait de refuser la proposition de son mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, de retourner à Nidaa Tounes. De toute façon BCE comme Chahed savaient pertinemment que la chose était de l’ordre de l’impossible. D’abord parce que le chef du gouvernement touche presque du doigt le rêve de bâtir lui-même sa légende et salive déjà. Comme exactement Essebsi du reste en 2013, quand il a monté de toutes pièces Nidaa Tounes. En politique ce n’est pas une tare et encore moins un crime que d’avoir des ambitions personnelles, et BCE en faisant cette offre, qui était plus un appât pour casser la dynamique de son ex-poulain qu’autre chose, en était parfaitement conscient. Le projet de Chahed n’est envisageable que s’il s’éloigne du terrain déjà miné par le fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi.

Si BCE avait vraiment voulu que Chahed rentre au bercail, il aurait tendu la perche il y a des mois, tout au moins des semaines, en tout cas bien avant la grand-messe de Monastir. On n’invite pas un tel convive, qui vient forcément avec sa bande (Slim Azzabi, Leila Chettaoui et les autres), au dernier moment, quand tout le monde est à table et que les jeux sont faits, tous les postes importants presque dispatchés. Qu’allait faire le chef du gouvernement à Nidaa Tounes alors que le Congrès électif était déjà dégoupillé et que les ténors se bousculaient, déjà, pour avoir les meilleures places ?? Rien à part compter les points et constater la violence des coups échangés. Ridha Charfeddine, qui était en charge de l’organisation de cette affaire, a eu raison de fuir, pour ne pas y laisser sa chemise et sa réputation avec. Neji Jalloul, qui a participé à ce micmac et avait même son fauteuil dans ce BP bizarre, s’est certes retiré tardivement, mais au moins il l’a fait avant qu’on l’y oblige en annulant la séance de cooptation entre potes.

Tahia tiendra-t-il ses toutes ses promesses ?

Certains, surtout parmi les supporters de Chahed, pourraient se dire que toute cette agitation fait les affaires du locataire de la Kasbah et qu’il n’a qu’à se baisser pour en ramasser les fruits, vu que Nidaa et Tahia pêchent dans les mêmes eaux, l’électorat est le même, l’idéologie et les programmes sont les mêmes et que les seules différences sont des querelles de personnes, des divergences de forme. Bref, pas grand chose in fine. Mais en réalité c’est beaucoup plus compliqué que cela. Tous ces mauvais bruits pourraient démoraliser, démobiliser et pousser les électeurs de Nidaa, et donc de Tahia, à rester chez eux, en se disant que de toute façon ils sont “tous pourris”, une musique qui monte dans les salons de thé, les cafés, les lieux de travail, la rue. Chahed n’a rien à gagner dans la maladie de Nidaa, au contraire tout cela nourrit la défiance populaire et l’abstention, qu’on prédit forte aux prochains scrutins.

Les promoteurs de Tahia Tounes nous ont promis une autre façon de faire de la politique, de réconcilier les citoyens avec la politique… Bref, de réussir là où Nidaa Tounes a échoué. Mais ces slogans, très jolis sur le papier, sont plus faciles à scander qu’à concrétiser. Il ne faut pas perdre de vue le fait que les moules de Bourguiba et de Ben Ali n’ont pas fabriqué beaucoup de démocrates; pour nous tous, citoyens comme dirigeants, la chose démocratique est encore une nouveauté, et même une étrangeté à laquelle on s’essaie, qu’on tente de dompter, pour l’instant très maladroitement. Changer le fonctionnement interne des partis politiques, avec tous ces égos surdimensionnés, ces gros appétits pour le pouvoir et ses honneurs, c’est carrément kafkaïen. Alors les promesses de Tahia Tounes, on les jugera sur pièces.

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